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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
fois était paré comme un bœuf à la mode, et qui main-tenant ressemblait à la plus maigre d’entre les vachesmaigres du rêve de Pharaon : ses joues étaient creuses etpaies comme des assiettes à soupe vides, il avait le nezrouge et glacé comme une rose d’hiver; il portait unhabit noir râpé avec un piètre reflet blanc; un chapeaudans lequel la faux de Saturne avait taillé plusieurs sou-piraux; toutefois ses bottes cirées reluisaient toujourscomme autrefois—il ne paraissait plus songer à dé-jeuner d’Héloïsa et à souper de Minka; il semblaitplutôt en quête d’un dîner de bouilli ordinaire.
Au nombre des zéros qui passaient, je trouvai plu-sieurs anciennes connaissances, celles-ci-et les autreshommes-chiffres couraient affamés et avaient l’airpressé, tandis qu’.-uprès d’eux, le long des maisons duJung-fernstsceg, on voyait défder un convoi à la foishorrible et burlesque.
Quelle lugubre mascarade! Derrière les voitures dedeuil, marchant majestueusement sur leurs jambesfluettes, comme sur des échasses, s’avançaient — ma-rionnettes de la mort— les sergents urbains, l’escorteprivilégiée de toutes les pompes funèbres. Ils étaientaffublés d’un ancien costume bourguignon parodié :manteaux noirs écourtés, larges hauts-de-chaussesnoirs, perruques poudrées, fraises blanches empesées,au milieu desquelles grimaçaient leurs faces rouges etmercenaires; ils portaient de petites épées d’acier auxhanches et un parapluie vert sous le bras.