REI SEBILDER.
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bariolés, les mines énigmatiques, d’étonnantes habi-tudes de corps, les accents sauvagement étranges dulangage, de la gaieté et du rire, et tout à côté, le sérieuxsur quelques visages d’un jaune doux, dont les yeux,comme des fleurs noires, me considéraient avec unetristesse fabuleuse, tout cet ensemble excita en moi unsentiment semblable à l’enchantement. Je me trouvaicomme soudainement transporté dans les contes deSchéhézérade, et je pensais déjà que j’allais infaillible-ment voir apparaître les palmiers aux larges feuilles,avec les chameaux aux longs cous, les éléphants cou-verts d’or, et autres arbres et animaux fantasques. Lesubrécargue, qui se trouvait alors sur le navire et quicomprenait aussi peu que moi la langue de ces hommes,ne put assez me raconter, avec ses idées britanniquestoutes exclusives, quel drôle de peuple cela faisait,presque tous mahométans, ramassés au hasard de tousles coins de l’Asie, depuis les frontières de la Chine jus-qu’à la mer d’Arabie; il se trouvait même dans lenombre des noirs d’Afrique à chevelure laineuse.
Passablement ennuyé de l’existence lourde et humidede l’Occident, fatigué de l’Europe comme je l’étaisalors", ce petit bout d’Orient qui se déroulait avec sasérénité et son éclat devant mes yeux, fut pour moi undélicieux rafraîchissement, et mon cœur se sentit sou-lagé du moins par quelques gouttes de ce ciel aprèslequel j’avais si souvent soupiré pendant les nuits bru-meuses d’hiver en Hanovre ou en Prusse; et ces hommes
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