Druckschrift 
1 (1861)
Entstehung
Seite
276
Einzelbild herunterladen
 

27G

ŒUVRES DE HENRI HEINE.

Jamais cette image ne disparaîtra de ma mémoire.

Je le vois toujours, sur son haut coursier, ses yeuxéternels dans cette face impériale de marbre, regardant,calme comme le destin, ses gardes qui défilaient au-dessous de lui. Il les envoyait alors en Russie, et lesvieux grenadiers élevaient leurs regards vers lui avecun sombre dévouement, un sérieux dinitiés, et un or-gueil de mourants :

Te Cæsar, morituri salutant.

Souvent jarrive étrangement à douter que je laieréellement vu, que nous soyons réellement ses contem-porains , et il me semble alors que sa figure , détachéedu cadre étroit du présent, recule toujours plus fière etplus majestueuse dans la demi-teinte du passé. Son nomretentit déjà pour nous comme une tradition des tempsprimitifs, sonore dantiquité et dhéroïsme comme lesnoms dAlexandre et de César. Il est à cette heure de-venu un mot de ralliement entre les peuples, et quand 'lOrient et lOccident se rencontrent, ils sentendent aumoyen de ce seul nom.

Le puissant et magique effet de ce nom, je le re-connus ainsi de la manière la plus frappante un jourque je montai dans le port de Londres, sont les docksindiens, à bord dun navire des Indes, tout nouvelle-ment arrivé du Bengale. Cétait un vaisseau gigantesque,avec un nombreux équipage de lHindostan. Les figureset les groupes grotesques, les costumes bizarrement