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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Jamais cette image ne disparaîtra de ma mémoire.
Je le vois toujours, sur son haut coursier, ses yeuxéternels dans cette face impériale de marbre, regardant,calme comme le destin, ses gardes qui défilaient au-dessous de lui. Il les envoyait alors en Russie, et lesvieux grenadiers élevaient leurs regards vers lui avecun sombre dévouement, un sérieux d’initiés, et un or-gueil de mourants :
Te Cæsar, morituri salutant.
Souvent j’arrive étrangement à douter que je l’aieréellement vu, que nous soyons réellement ses contem-porains , et il me semble alors que sa figure , détachéedu cadre étroit du présent, recule toujours plus fière etplus majestueuse dans la demi-teinte du passé. Son nomretentit déjà pour nous comme une tradition des tempsprimitifs, sonore d’antiquité et d’héroïsme comme lesnoms d’Alexandre et de César. Il est à cette heure de-venu un mot de ralliement entre les peuples, et quand 'l’Orient et l’Occident se rencontrent, ils s’entendent aumoyen de ce seul nom.
Le puissant et magique effet de ce nom, je le re-connus ainsi de la manière la plus frappante un jourque je montai dans le port de Londres, où sont les docksindiens, à bord d’un navire des Indes, tout nouvelle-ment arrivé du Bengale. C’était un vaisseau gigantesque,avec un nombreux équipage de l’Hindostan. Les figureset les groupes grotesques, les costumes bizarrement