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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
avec laquelle s’évitaient ces gros vaisseaux. On est saluéen passant par mainte figure sérieusement amicale qu’onn’a jamais vue, et qu’on ne reverra peut-être jamais.On passe si près les uns des autres qu’on pourrait sedonner la main pour le bonjour et pour l’adieu tout à lafois; le cœur se gonfle à l’aspect de tant de voiles en-flées, et se sent étrangement ému quand arrive du rivagele bourdonnement confus, la musique des danses loin-taines et le bruit étouffé des matelots. Mais peu à peus’évanouissent sous le voile blanc du brouillard du soirles contours des objets, et il ne reste visible qu’uneforêt de mâts chauves et élancés.
L’homme jaune était toujours près de moi, et regar-dait pensif dans le ciel, comme s’il voulait découvrir, àtravers la vapeur, les pâles étoiles; les yeux toujours enl’air, il mit sa main sur mon épaule, et du ton d’unhomme dont les pensées intimes deviennent involontai-rement des paroles, il dit : — La liberté et l’égalité ! onne les trouve pas ici-bas, ni même là-haut. Ces étoilesne sont pas égales; l’une est plus grosse et plus brillanteque l’autre ; aucune ne marche en liberté ; toutes obéis-sent à des lois prescrites, à des lois de fer... L’esclavageest dans le ciel comme sur la terre. —
— Voilà la Tour! s’écria tout d’un coup l'un de noscompagnons de voyage, en montrant un édifice élevéqui sortait de Londres embrumé comme un spectresombre et mystérieux.