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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

avec laquelle sévitaient ces gros vaisseaux. On est saluéen passant par mainte figure sérieusement amicale quonna jamais vue, et quon ne reverra peut-être jamais.On passe si près les uns des autres quon pourrait sedonner la main pour le bonjour et pour ladieu tout à lafois; le cœur se gonfle à laspect de tant de voiles en-flées, et se sent étrangement ému quand arrive du rivagele bourdonnement confus, la musique des danses loin-taines et le bruit étouffé des matelots. Mais peu à peusévanouissent sous le voile blanc du brouillard du soirles contours des objets, et il ne reste visible quuneforêt de mâts chauves et élancés.

Lhomme jaune était toujours près de moi, et regar-dait pensif dans le ciel, comme sil voulait découvrir, àtravers la vapeur, les pâles étoiles; les yeux toujours enlair, il mit sa main sur mon épaule, et du ton dunhomme dont les pensées intimes deviennent involontai-rement des paroles, il dit : La liberté et légalité ! onne les trouve pas ici-bas, ni même-haut. Ces étoilesne sont pas égales; lune est plus grosse et plus brillanteque lautre ; aucune ne marche en liberté ; toutes obéis-sent à des lois prescrites, à des lois de fer... Lesclavageest dans le ciel comme sur la terre.

Voilà la Tour! sécria tout dun coup l'un de noscompagnons de voyage, en montrant un édifice élevéqui sortait de Londres embrumé comme un spectresombre et mystérieux.