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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
sans manger. Quand Horace imagina cette règle, il étaitpeut-être assis à la table de Mécène, et mangeait doschapons truffés, du pudding de faisan à la sauce devenaison, des alouettes persanes aux navets de Teltow,des langues de paon, des nids d’oiseaux indiens, et Dieusait quoi encore, et tout cela gratis. Mais nous, infor-tunés tard-venus, nous vivons dans un autre temps; nosMécènes ont des- principes tout autres : ils croient que lesauteurs et les nèfles se bonifient quand on les laisse pen-dant quelque temps sur la paille : ils croient encore que leschiens littéraires ne valent rien pour la chasse aux imageset aux idées quand ils sont trop gras; et quand par ha-sard ils nourrissent bien un pauvre chien, c’est, hélas !celui qui le mérite le moins, le bichon, par exemple,qui lèche la main, ou le petit épagneul bolonais, qui saitse blotlir dans le sein parfumé de la dame de la maison,ou le caniche patient, qui sait rapporter, danser et battrele tambour... Au moment où j’écris ces lignes, monpetit carlin se dresse derrière moi et aboie... — Tais-toi, mon ami, je n’ai pas voulu parler de toi; car tum’aimes, et tu accompagnerais ton maître dans l’infor-tune et au milieu des dangers, et tu mourrais sur satombe aussi fidèlement que maint autre chien allemandqui, exilé sur la terre étrangère, se couche devant lesportes de l’Allemagne, y gémit et meurt... Pardonnez-moi, madame, si j’ai fait une digression pour faire uneréparation à mon pauvre chien; je reviens à la règled’Horace et à son impraticabilité dans le dix-neuvième