REISEBILDER.
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siècle, où les poètes doivent manger... Ma foi, madame,je ne pourrais y tenir vingt-quatre heures, encore moinsattendre neuf ans : mon estomac a peu de goût pourl’immortalité. Tout bien considéré, je ne veux êtreimmortel qu’à demi, et avoir un diner tout entier; et siVoltaire consentait à céder, pour la bonne digestiond’un dîner, trois cents ans de sa gloire éternelle, moi,j’offre le double pour le dîner même. Hélas! et quelsbeaux, quels appétissants dîners on peut faire en cemonde ! Le philosophe Pangloss a raison : c’est le meil-leur des mondes possibles ! Mais il faut avoir de l’argentdans ce meilleur des mondes, de l’argent dans sa poche,et non pas un manuscrit dans son secrétaire. L’auber-giste du Roi-d’Angleterre est lui-même un écrivain, etconnaît la règle d’Horace, mais je ne crois pas qu’il medonnât à manger pendant neuf ans, si je voulais l’appli-quer, cette règle.
Au fond, pourquoi l’appliquerais-je ! j’ai tant debonnes choses à écrire, que je n’ai pas besoin de choisirlongtemps. Tant que mon cœur sera plein d’amour, etla tête de mon prochain pleine de sottises, je ne man-querai pas de matière pour écrire. Et mon cœur ne ces-sera d’aimer tant qu’il existera des femmes; s’il serefroidit pour celle-ci, il s’enflammera pour celle-là, etcomme, en France, le roi ne meurt jamais, ainsi jamaisne meurt la reine en mon cœur, et j’y entends crier : Lareine est morte! vive la reine! Il en est de même de lasottise de mon prochain, laquelle ne périra jamais; car