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1 (1861)
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siècle, les poètes doivent manger... Ma foi, madame,je ne pourrais y tenir vingt-quatre heures, encore moinsattendre neuf ans : mon estomac a peu de goût pourlimmortalité. Tout bien considéré, je ne veux êtreimmortel quà demi, et avoir un diner tout entier; et siVoltaire consentait à céder, pour la bonne digestiondun dîner, trois cents ans de sa gloire éternelle, moi,joffre le double pour le dîner même. Hélas! et quelsbeaux, quels appétissants dîners on peut faire en cemonde ! Le philosophe Pangloss a raison : cest le meil-leur des mondes possibles ! Mais il faut avoir de largentdans ce meilleur des mondes, de largent dans sa poche,et non pas un manuscrit dans son secrétaire. Lauber-giste du Roi-dAngleterre est lui-même un écrivain, etconnaît la règle dHorace, mais je ne crois pas quil medonnât à manger pendant neuf ans, si je voulais lappli-quer, cette règle.

Au fond, pourquoi lappliquerais-je ! jai tant debonnes choses à écrire, que je nai pas besoin de choisirlongtemps. Tant que mon cœur sera plein damour, etla tête de mon prochain pleine de sottises, je ne man-querai pas de matière pour écrire. Et mon cœur ne ces-sera daimer tant quil existera des femmes; sil serefroidit pour celle-ci, il senflammera pour celle-, etcomme, en France, le roi ne meurt jamais, ainsi jamaisne meurt la reine en mon cœur, et jy entends crier : Lareine est morte! vive la reine! Il en est de même de lasottise de mon prochain, laquelle ne périra jamais; car