200
OEUVRES DE HENRI HEINE.
ceux qu’en tirait en ce moment M. Legrand. C’étaientdes larmes tambourinées, et elles résonnèrent toujoursplus doucement, et, comme un sombre écho, elles serépétèrent en profonds soupirs dans la poitrine de Le-grand. Et celui-ci devint de plus en plus faible-, il pritde plus en plus l’apparence d’un spectre, ses mincesmains tremblaient de froid; il semblait rêver, et n’agitaitplus que l’air avec ses baguettes. Enfin il tendit l’oreille,comme pour écouter des voix dans l’éloignement, puisme regarda d’un œil profond, inquiet et suppliant... Jele compris... Puis, sa tête tomba sur le tambour.
M. Legrand n’a plus jamais battu le tambour danscette vie. Son tambour n’a plus rendu un seul son dansce monde. Il ne devait pas servir à rallier les ennemisde la liberté... J'avais très-bien compris le dernier re-gard, le regard suppliant de Legrand. Je tirai aussitôtl’épée que je porte dans ma canne, et je perçai la peaudu tambour.