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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
orphelins de la gloire. La misère nue apparaissait à tra-vers les trous de leurs uniformes déchirés; mais avecleurs visages défaits, leurs yeux enfoncés et plaintifs,dans leur démarche chancelante, et quoique mutilés etboitant pour la plupart, ils gardaient cependant toujoursla marche et le pas militaire, et, chose bizarre ! un tam-bour avec sa caisse marchait se traînant à leur tête. Mapremière pensée se reporta avec une terreur secrète àl’histoire merveilleuse des soldats qui, tombés le jourdans les combats, se lèvent à minuit sur les champs debataille et reprennent, tambour en tête, la route de leurpays; à cette vieille et triste chanson populaire:
A minuit, les ossements se lèvent,
Tous ces morts reprennent leurs rangs,
Le tambour battant marclie en tète,
Tran, tran, trall, trall, trall,
Ils passent la maison de la belle.
Vraiment le pauvre tambour français semblait sortirà demi consumé de la tombe. Ce n’était qu’une petiteombre couverte d’une capote grise, sale et grasse ; unvisage jaune et mort, avec une grande moustache quitombait douloureusement sur des lèvres livides; lesyeux semblaient des tisons éteints où pointaient encorequelques étincelles, et cependant, à une seule de cesétincelles, je reconnus M. Legrand.
Il me reconnut aussi; il m’attira près de lui sur legazon, et nous nous y retrouvâmes assis comme jadis,lorsqu’il me professait sur le tambour la langue fran-