REIS.EBILDER.
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une fâcheuse histoire, et quand on n’a rien de mieux àfaire, on pourrait bien en pleurer. O Dieu! autrefois laterre était si belle, et les oiseaux chantaient tes louangeséternelles, et la petite Véronique me regardait d’un œiltranquille, et nous allions nous asseoir devant la statuede marbre, sur la place du château... D’un côté s’élevaitle vieux château dévasté, où il revient des spectres, où,la nuit, se promène une dame sans tête, vêtue de soienoire avec une longue queue flottante ; de l’autre côtéest un grand édifice blanchi, dont les appartements su-périeurs sont remplis de tableaux aux cadres éclatants,et en bas sont rangés des milliers de livres que moi et lapetite Véronique nous examinions avec curiosité, lors-que la pieuse Ursule nous élevait sur ses bras à la hau-teur des fenêtres... Plus tard, ayant grandi, je gravis leshautes échelles, je descendis les livres, et j’y lus silongtemps que je ne craignis plus rien, surtout fort peules femmes sans tête ; et je devins si savant, que j’ou-bliai tous les anciens jeux, et les légendes, et les images,et la petite Véronique, et même jusqu’à son nom.
Tandis qu’assis sur le. vieux banc du jardin de la cour,je rétrogradais en rêvant dans le passé, j’entendis der-rière moi des voix confuses qui s’apitoyaient sur le sortdes pauvres Français pris dans la guerre de Russie, quiavaient été traînés comme prisonniers en Sibérie, qu’ony avait retenus plusieurs années, bien que la paix fûtfaite, et qui s’en revenaient seulement alors dans leurpatrie. Lorsque je levai les yeux, j’aperçus en effet ces