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196 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
changé. C’était le petit baron, qui sautillait gaiement,comme jadis, le long du jardin de la cour, levant d’unemain la basque de son habit, et agitant de l’autre samince canne de jonc. Il avait toujours la même petitefigure amicale, dont les couleurs s’étaient concentréessur le nez ; c’était aussi le petit chapeau rond, la petitequeue d’autrefois, seulement de petits cheveux blancsavaient remplacé les petits cheveux noirs dont elle secomposait; mais, quelle que fût sa gaieté apparente,j’appris cependant que le pauvre baron avait essuyébeaucoup de traverses. Son visage avait beau vouloir lecacher, les petits cheveux blancs de sa petite queue letrahissaient par derrière; mais la petite queue elle-même semblait cependant vouloir dissimuler, tant ellefrétillait avec aisance.
Je n’étais pas fatigué, mais j’éprouvai l’envie de m’as-seoir encore une fois sur le banc de bois où jadis j’avaisgravé le nom de la jeune fille que j’aiinais. J’eus peine àretrouver ces lettres, tant on y avait inscrit de nouveauxnoms. Hélas ! un jour je m’étais endormi sur ce banc, etj’y avais rêvé d’amour et de bonheur; « les songes sontdes mensonges. » Les anciens jeux de mon enfance re-vinrent tous à ma pensée, et les anciennes et belleslégendes; mais un jeu nouveau et faux, une nouvelle etaffreuse légende se mêlait à tous ces souvenirs. C’étaitl’histoire de deux pauvres âmes qui devinrent infidèlesl’une et l’autre, et qui poussèrent dans la suite la dé-loyauté au point de trahir le bon Dieu même. C’est
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