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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
d’un chaud rayon de soleil et de la douce odeur desherbes. Dans ce temps-là, le cœur de l’enfant était aussijoyeux que ces légers insectes. Depuis, son cœur étaitdevenu vieux : le soleil n’y pénétrait plus, les fleurs n’yrépandaient plus de parfum ; le doux rêve de l’amour yétait même effacé. Dans ce pauvre cœur ne se trouvaitplus rien que courage et chagrin, et pour tout dire, pourdire ce qu’il y a de plus douloureux, ce cœur, c’était lemien.
Ce même jour, j’étais revenu dans ma vieille villenatale; mais je ne voulais pas y passer la nuit, et mesdésirs m’appelaient à Godesberg, pour m’asseoir auxpieds de mon amie, et parler de la petite Véronique.J’étais venu visiter mes chers tombeaux. De tous mesamis, de tous mes parents je n’avais plus retrouvé per-sonne : ils étaient morts ou ils avaient quitté la ville. Sije retrouvais d’anciennes figures dans les rues, elles neme reconnaissaient pas, et la ville elle-même semblaitme regarder avec des yeux étrangers. Un grand nombrede maisons avaient été repeintes; des visages nouveauxse montraient aux croisées ; autour des vieilles chemi-nées voltigeaient des moineaux décrépits. Tout semblaitaussi mort et cependant aussi frais que les herbes quipoussent dans un cimetière ! Où jadis on parlait français,on entendait la langue prussienne; une petite cour prus-sienne s’était même nichée en ce lieu, et les gens por-taient des titres singuliers. Le coiffeur de ma mère étaitdevenu le coiffeur de la cour. On voyait surtout des (ail-