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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

de moins en moins... Ma tête était endormie... quandsoudain je suis réveillé par le bruit de mes propres pieds,qui étaient restés éveillés, et avaient probablement en-tendu quon professait justement lopposé du droit dosnations, et quon insultait aux idées libérales ; et mespieds, indignés, ces pauvres pieds, muets, incapablesdexprimer par des paroles leur opinion, voulurent sefaire comprendre en tambourinant, et tambourinèrentsi fort quil men arriva presque malheur.

Jeunes imprudents ! pieds étourdis ! ils me jouèrentun semblable four un jour quà Gœttingue jassistais àune leçon du professeur Saalfeld, qui , dans sa raidemobilité sautait de côté et dautre dans sa chaire, etséchauffait, afin de pouvoir injurier avec chaleur lem-pereur Napoléon... Non, pauvres pieds, je ne puis vousen vouloir, et je ne vous saurais même pas mauvais grési vous vous étiez exprimés plus énergiquement; maisavec quelle ardeur on vous entendit tambouriner sur leparquet! Moi, lélève de Legrand, pouvais-je entendreinjurier lempereur ! lempereur ! lempereur ! le grandempereur !

Dès que je pense au grand empereur, ma mémoire secharge dimages dorées et vertes comme le printemps ;une longue allée de tilleuls sélève subitement devantmoi, sous les branches touffues chantent de joyeux ros-signols , une chute deau murmure ; sur des parterresarrondis; des fleurs éclatantes courbent dun air pensifleurs petites têtes; les tulipes semblent me saluer fière-