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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
de moins en moins... Ma tête était endormie... quandsoudain je suis réveillé par le bruit de mes propres pieds,qui étaient restés éveillés, et avaient probablement en-tendu qu’on professait justement l’opposé du droit dosnations, et qu’on insultait aux idées libérales ; et mespieds, indignés, ces pauvres pieds, muets, incapablesd’exprimer par des paroles leur opinion, voulurent sefaire comprendre en tambourinant, et tambourinèrentsi fort qu’il m’en arriva presque malheur.
Jeunes imprudents ! pieds étourdis ! ils me jouèrentun semblable four un jour qu’à Gœttingue j’assistais àune leçon du professeur Saalfeld, qui , dans sa raidemobilité sautait de côté et d’autre dans sa chaire, ets’échauffait, afin de pouvoir injurier avec chaleur l’em-pereur Napoléon... Non, pauvres pieds, je ne puis vousen vouloir, et je ne vous saurais même pas mauvais grési vous vous étiez exprimés plus énergiquement; maisavec quelle ardeur on vous entendit tambouriner sur leparquet! Moi, l’élève de Legrand, pouvais-je entendreinjurier l’empereur ! l’empereur ! l’empereur ! le grandempereur !
Dès que je pense au grand empereur, ma mémoire secharge d’images dorées et vertes comme le printemps ;une longue allée de tilleuls s’élève subitement devantmoi, sous les branches touffues chantent de joyeux ros-signols , une chute d’eau murmure ; sur des parterresarrondis; des fleurs éclatantes courbent d’un air pensifleurs petites têtes; les tulipes semblent me saluer fière-