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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
En écrivant tout d’un trait et en pensant à toutessortes de choses, je vous ai rapporté, sans le vouloir,toutes les vieilles histoires de l’école, et je saisis cetteoccasion pour vous démontrer que ce ne fut pas mafaute si j’appris alors si peu de géographie que je n’aipu, dans la suite, bien m’orienter dans le monde. Acette époque les Français avaient bouleversé toutes lesfrontières. Tous les jours les pays étaient enluminés denouveau; ceux qui étaient bleus auparavant devinrenttout d'un coup verts, beaucoup se couvrirent mêmed’un rouge de sang; les âmes, dont le manuel donnaitle nombre exact, furent tant de fois troquées et mêlées,que le diable n’aurait pu les reconnaître. Les produitsdes pays changèrent également. La chicorée à café etles betteraves à sucre poussèrent là où l’on ne voyaitauparavant que des lièvres et des gentillâtres qui cou-raient après. Les caractères des peuples se modifièrentaussi; les Allemands se donnèrent de l’aisance, lesFrançais ne firent plus de cérémonies, les Anglais nejetèrent plus l’argent par les fenêtres, et les Vénitienscessèrent d’être les plus rusés. Il y eut beaucoup d’avan-cement parmi les princes, les anciens rois reçurent denouveaux uniformes. On pétrit de nouvelles royautésqui eurent autant de débit que les petits pains toutchauds; plusieurs potentats au contraire furent mis à laporte de leur pays, et durent chercher à gagner leurpain d’une autre manière. Quelques-uns même apprirentd’avance un métier, et, par exemple, firent de la cire à