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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
quelques étoiles brillaient parcimonieusement, et en-core tombèrent-elles sur la terre, comme des feuillesjaunies dans l’automne; peu à peu tous les hommesdisparaissaient; moi, pauvre enfant, j’errais de côté etd'aufre avec inquiétude. Je m’arrêtai enfin près d’unemétairie, et je vis un homme qui remuait la terre avecune pelle, et auprès de lui une laide femme qui portaitdans son tablier quelque chose de semblable à une têted’homme coupée. C’était la lune; elle la plaça avec soindans la fosse ouverte, et derrière moi j’entendis le vieilinvalide qui sanglotait et qui épelait ces mots : « L’élec-teur remercie ses sujets. »
Lorsque je me réveillai, le soleil reparaissait commed’ordinaire sur la fenêtre, dans la rue on entendait lestambours, et lorsque j’entrai dans la chambre de monpère pouf lui donner le bonjour, je le trouvai en. man-teau à poudrer, et j’entendis son perruquier qui lui disaitque ce matin même on devait prêter serment au nouveaugrand-duc Joachim , dans la maison de ville; que celui-ci était de la meilleure famille, qu’il avait épousé lasœur de l’empereur Napoléon; qu’il avait vraimentbonne tournure avec ses belles boucles de cheveuxnoirs, qu’il ferait bientôt son entrée et plairait certaine-ment à toutes les femmes. Pendant ce temps le tambourse faisait toujours entendre dans rue; je sortis devantla porte de la maison, et je vis la marche des troupesfrançaises, ce joyeux peuple de la gloire qui traversa lemonde en chantant et en faisant sonner sa musique, les