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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
lorsque j’avais volé des raisins, et la porte brune surlaquelle ma mère m’apprenait à écrire les lettres avecde la craie... Ah ! mon Dieu, madame, si je suis devenuun grand écrivain, il en a coûté assez de peines à mapauvre mère.
Mais ma renommée dort encore dans un bloc demarbre de Carrare. Le jeune laurier dont on a ornémon front n’a pas encore répandu son parfum dansl’univers, et quand les^ nobles anglaises voilées devert viennent à Dusseldorf, elles passent sans s’arrêterdevant la célèbre maison, et vont directement à la placedu Marché, regarder la noire et colossale statue équestrequi s’élève au milieu. Cette statue est censée représenterl’électeur Jean Wilhelm. Il porle une armure noire etune longue perruque pendante... Dans mon enfance,j’ai entendu conter que l’artiste chargé de fondre cettestatue ayant remarqué avec effroi, pendant l’opération,que la quantité du métal n’était pas suffisante, les bour-geois de la ville étaient alors accourus et avaient ap-porté leurs cuillers d’argent pour compléter la fonte...Et moi, je m’arrêtais souvent des heures entières devantl’image de ce cavalier, et je me cassais la tête à calculercombien de cuillers d’argent pouvaient avoir été jetéeslà dedans, et combien de tourtes aux pommes on auraitpu se procurer pour le prix de toutes ces cuillers. Lestourtes aux pommes étaient alors ma passion... Main-tenant c’est l’amour, la vérité, la liberté et la soupe àla tortue... Et non loin de la statue de l’électeur, au