I
REISF.BILDER. J 61
Non ! je ne suis pas né dans l’Inde. J’ai vu le jour surles rives de ce beau fleuve où la folie pousse sur devertes montagnes; on la cueüle en automne, on lapresse, ou la met en cave, en tonneaux, et on l’envoie àl’étranger. En vérité j’entendis hier, à table, quelqu’undire une folie qui a été en l’an 1811 dans une grappede raisin que moi-même je vis alors pousser sur leJohannisberg. — Mais on consomme aussi beaucoup defolies dans le pays même, et les hommes y sont commepartout. Ils naissent, mangent, boivent, rient, pleurent,calomnient, sont très-affairés de la reproduction de leurespèce, cherchent à paraître ce qu’ils ne sont pas, et àfaire ce qu’ils ne peuvent pas, ne se font pas raser avantd’avoir de la barbe, et ils ont souvent de la barbe avantd’avoir du jugement, et quand ils ont le jugement, ilss’enivrent avec de la folie blanche et rouge.
Mon Dieu, si j’avais assez de foi pour transporter lesmontagnes, le Johannisberg serait justement celle quej’emmènerais toujours à ma suite. Mais puisque ma foin’est pas assez forte, il faut que mon imagination vienneà mon aide, et qu’elle me transporte moi-même sur lesbords du Rhin.
Oh ! c’est là un beau pays, plein de grâce, et échauffépar un brillant soleil. Les montagnes se mirent dansdes flots bleus et étincelants, avec leurs vieilles ruinesde châteaux, leurs forêts et leurs cités gothiques. Là lesbons bourgeois se tiennent sur le seuil de leurs portes,au déclin d’un jour d’été ; ils boivent dans de grandes