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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

cruches, et causent amicalement entre eux, devisant duvin qui viendra bien, des tribunaux dont les audiencesdoivent rester publiques, de la décapitation de Marie-Antoinette , de la cherté du tabac, des exactions de larégie, se disant que les hommes sont égaux, et queGoerres est un fameux compère.

Je ne me suis jamais occupé de tous ces discours.Jaimais mieux prendre place sous logive de la fenêtre,près des jeunes filles, rire de leur rire, me faire jeterleurs fleurs au visage, et jouer le fâché jusquà ce quellesmeussent conté leurs secrets ou dautres importanteshistoires. La belle Gertrude, comme elle se réjouissaitquand je venais masseoir auprès delle ! Cétait une fillequi ressemblait à une rose épanouie, et lorsquelle sejeta un jour à mon cou, je crus quelle allait brûler etsévaporer dans mes bras. La belle Catherine, que sadouceur avait dharmonie quand elle me parlait, et queses yeux étaient dun bleu pur et intime, dun bleu queje nai jamais trouvé ni dans les hommes ni dans lesanimaux, et bien rarement dans les fleurs ! On pouvait,en regardant ces yeux, rêver à tant de choses tendres !Mais la belle Hedwige maimait; car, dès que je map-prochais delle, sa tête sinclinait vers la terre, et sachevelure noire, tombant sur son visage, qui rougissait,ne laissait voir que ses yeux brillants comme des étoilesqui percent un ciel sombre. Ses lèvres pudibondes neprononçaient pas un mot, et moi je ne pouvais non plusrien dire. Je toussais, elle tremblait. Quelquefois elle