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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
cruches, et causent amicalement entre eux, devisant duvin qui viendra bien, des tribunaux dont les audiencesdoivent rester publiques, de la décapitation de Marie-Antoinette , de la cherté du tabac, des exactions de larégie, se disant que les hommes sont égaux, et queGoerres est un fameux compère.
Je ne me suis jamais occupé de tous ces discours.J’aimais mieux prendre place sous l’ogive de la fenêtre,près des jeunes filles, rire de leur rire, me faire jeterleurs fleurs au visage, et jouer le fâché jusqu’à ce qu’ellesm’eussent conté leurs secrets ou d’autres importanteshistoires. La belle Gertrude, comme elle se réjouissaitquand je venais m’asseoir auprès d’elle ! C’était une fillequi ressemblait à une rose épanouie, et lorsqu’elle sejeta un jour à mon cou, je crus qu’elle allait brûler ets’évaporer dans mes bras. La belle Catherine, que sadouceur avait d’harmonie quand elle me parlait, et queses yeux étaient d’un bleu pur et intime, d’un bleu queje n’ai jamais trouvé ni dans les hommes ni dans lesanimaux, et bien rarement dans les fleurs ! On pouvait,en regardant ces yeux, rêver à tant de choses tendres !Mais la belle Hedwige m’aimait; car, dès que je m’ap-prochais d’elle, sa tête s’inclinait vers la terre, et sachevelure noire, tombant sur son visage, qui rougissait,ne laissait voir que ses yeux brillants comme des étoilesqui percent un ciel sombre. Ses lèvres pudibondes neprononçaient pas un mot, et moi je ne pouvais non plusrien dire. Je toussais, elle tremblait. Quelquefois elle