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Madame, je vous ai trompé ; je ne suis point le comtedu Gange. Jamais de ma vie je n’ai vu le fleuve sacré,jamais les fleurs de lotus qui se mirent dans ses flotspieux. Jamais je n’ai rêvé étendu sous les palmiers del’Inde, jamais je ne me suis prosterné en prière devantle dieu de Jagernaut, dont les diamants sont si respec-tables. J’ai été aussi peu dans l’Inde que le karrickindien que j’ai mangé hier. Mais je suis originaire del’Hindoustan, et c’est pourquoi je me sens comme chezmoi dans les immenses forêts mélodieuses de Valmiki;les souffrances héroïques du divin Ramo remuent moncœur comme une douleur connue; dans les chants deKalidasa s’épanouissent pour moi les plus doux souve-nirs; et, il y a quelques années, quand une excellentedame me montra à Berlin les charmants dessins quelleavait rapportés de l’Inde, ces figures délicatement peinteset si saintement calmes me parurent si connues, quec’était comme si je considérais la suite des portraits dema propre famille.
Franz Bopp, madame (vous avez sans doute lu sonNalus et son système de conjugaisons du sanscrit), m’a