Druckschrift 
1 (1861)
Entstehung
Seite
158
Einzelbild herunterladen
 

158

ŒUVRES DE HENRI HEINE.

temps est revenu dans mon sein, de doux accents demélancolie vibrent dans les cordes de la harpe, je revoisle fleuve bleu et les palais de marbre, et les beauxvisages de femmes et de jeunes filles, et je chante lesfleurs de la Brenta.

Ce sera mon dernier chant, les étoiles me contemple-ront eomme dans les nuits de ma jeunesse, la luneamoureuse imprime encore ses baisers sur mes joues,les esprits des rossignols morts sanglotent dans le loin-tain, mes yeux se ferment dans livresse, mon âmeséchappe comme une vibration de ma harpe,... je res-pire les parfums des fleurs de la Brenta.

Un arbre ombragera ma pierre tumulaire. Jaimeraisassez, un palmier, mais les palmes ne réussissent pasdans le Nord. Ce sera sans doute un tilleul, et dans lessoirs dété les amants sy 'réuniront et causeront. Leserin qui se bercera dans les branches en écoutant estdiscret, et mon tilleul murmure amicalement sur lestêtes des heureux qui sont si heureux, quils nont pasmême le temps de lire ce qui est écrit sur la blanchetombe. Mais si plus tard, lamant perd sa maîtresse, ilrevient sous le tilleul, soupire et pleure, regarde lapierre funéraire longtemps et souvent, et y lit cetteinscription : il aima les fleurs de la Brenta.