114
ŒUVRE S CE HENRI HEINE.
sa surface qu’au moment où elles s’épanouissent, et quis’y enfoncent de nouveau lorsqu’elles se fanent : ainsisurgissent parfois des profondeurs de mon âme de mer-veilleuses images de fleurs, de fleurs aux yeux bleus etaux lèvres vermeilles, lis de pudeur et roses de beauté,qui répandent leurs parfums et disparaissent de nouveau
— « Evelina ! »
On dit que non loin de l’île, où il n’y a rien que del’eau aujourd’hui, se trouvaient autrefois les plus bellesvilles et bourgades, mais qu’un jour la mer les submergeatoutes subitement, et que les bateliers voient encore,par des temps clairs et calmes, les flèches étincelantesdes églises englouties par les flots; plus d’un prétendy avoir entendu par des matinées de dimanche retentirle pieux carillon des cloches. La légende est vraie, carla mer est mon âme — et je peux dire comme mon amiMuller :
« Un monde charmant est englouti là;
Les débris sont restés debout dans le fond,
Et ils apparaissent souvent dans le miroir de mes rêvesComme des étincelles d’or merveilleuses —
— Et parfois en m’éveillant j’entends de lointains sonsde cloche et des chants sacrés, et le nom « Evelina! »
Lorsqu’on se promène sur le rivage, les navires quipassent présentent un aspect ravissant. Avec leurs blan-ches voiles déployées, ils ont l’air de gigantesquescygnes qui nagent. Ce spectack est surtout magnifique