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1 (1861)
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ŒUVUES DE HENRI HEINE.

les pauvres gens ne peuvent repaître que leurs yeux,doivent éveiller fortement leur appétit; et quand lesbonnes femmes insulaires se sentent venir, dans leurgrossesse, toutes sortes d’envies délicates, et qu’à lafin elles mettent même au monde des enfants qui res-semblent singulièrement aux baigneurs de la saison, onne doit pas trop s’étonner de pareils accidents. Je neveux ici aucunement faire allusion à une possibilité derelations immorales. Non ; la vertu des insulaires fe-melles est préalablement assez garantie par leur laideur,et surtout par leur odeur de poisson , qui m’était dumoins à moi tout à fait insupportable. Si leurs enfantsviennent parfois au monde avec des visages de bai-gneurs, j’y vois plutôt un phénomène psychologique;et je me l’explique par ces lois à la fois matérialistes etmystiques, que Gœthe a si bien développées dans lesAffinités électives.

C’est chose remarquable combien de phénomènesénigmatiques de la nature peuvent s’expliquer par leslois dont je viens de parler. Lorsque, l’année dernière,je fus jeté par une tempête sur une autre île de la Friseorientale, j’y remarquai, dans la cabane d’un batelier,une méchante gravure suspendue à la muraille, et inti-tulée la Tentation du vieillard; elle représentait unbonhomme aux cheveux blancs, dérangé dans sesétudes par l’apparition d’une femme qui sortait d’unnuage jusqu’à ses hanches nues; et, circonstance sin-gulière ! je vis que la tille du batelier avait la même