96 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
une telle détonation. Ils me conduisirent dans leur jar-din, et je vis, à ma grande surprise, que la plante basseet dure, avec ses feuilles si extravagamment larges, sidentelées, si aiguës, auxquelles ou pouvait facilement seblesser, s’était élancée alors toute en hauteur, et qu’elleportait au faîte de sa tige, comme une couronne d’or,une fleur magnifique. Nous autres enfants ne pouvionspas regarder à une telle hauteur, et le vieil et bonChristian, qui nous aimait, nous tit autour de la planteun escalier de bois sur lequel nous grimpâmes commedes chats, et de là nous contemplâmes curieusementl’intérieur du calice ouvert d’où les jaunes étamines etdes parfums sauvagement étranges sortaient avec unemagnificence inouïe.
Non, Agnès, ce cœur ne fleurit ni souvent ni facile-ment. Je ne me souviens que d’une seule fois, et il y ade cela bien longtemps, certainement un siècle. Avecquelque magnificence que sa fleur se déployât alors, jecrois pourtant qu’elle eut à souffrir bien cruellement dudéfaut de soleil et de chaleur, si elle ne fut même pasviolemment détruite par un ouragan d’hiver. Aujour-d’hui elle s’agite de nouveau et pousse son enveloppedans mon sein, et quand tu entendras le coup..., net’effraie pas, jeune fille ! je ne me suis pas brûlé la cer-velle, mais c’est mon amour qui fait éclater son bour-geon et détonne en chansons rayonnantes, en dithy-rambes étemels, en joyeuses harmonies.
Mais si cet amour élevé est trop haut pour toi, jeune