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1 (1861)
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O

80 ŒUVRES DE HENRI HEINE.

assailli. J’en fus délivré par la voix de l’hôte du Broc-ken, qui venait m’éveiller pour me faire voir le lever dusoleil- Je trouvai déjà sur la tour quelques curieux impa-tients qui frottaient leurs mains glacées; d’autres, lesommeil encore dans les yeux, montaient en chance-lant; enfin toute la paisible communauté de la veille setrouva de nouveau réunie au complet, et nous vîmesavec un religieux silence sortir à l’horizon le petit globerouge cramoisi. Un jour en demi-teinte, lumière hiver-nale, se répandit partout. Les montagnes nageaientcomme dans une mer à vagues écumeuses, et leurssommets seuls sortaient du milieu de ia vapeur, de sortequ’on se croyait sur une petite colline au milieu d’uneplaine inondée dans laquelle il n’est resté à sec quequelques mamelons. Pour fixer, à l’aide de paroles,cet aspect et mes impressions, je crayonnai le morceausuivant :

Il fait déjà plus clair à l’orientPar une petite étincelle du soleil ;

Au loin, bien loin, les sommets des montsNagent dans une mer de vapeurs.

Si j’avais des bottes de sept lieues,

Je courrais avec la rapidité du ventDe sommets en sommets,

Jusqu’à la maison de la bicn-aimée.

Du petit lit où elle sommeille,

Je tirerais doucement les rideaux,

Je baiserais doucement son front,Doucement les rubis de sa bouche.