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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

je jetai par-dessus le bord la paire de bottes que j’yavais enfermée; je levai les pieds, et partis pour Goslar.Je me dirigeai sans trop savoir comment. Je me rap-pelle seulement que je me remis à flâner par monts etpar vaux. J’enfonçai souvent mes regards dans de jolieset riantes vallées ; les sources argentines murmuraient,les oiseaux des bois gazouillaient délicieusement, lesclochettes des troupeaux tintaient, les arbres à la ver-dure variée étaient dorés par les doux rayons du soleil,et le dais de soie bleue du ciel était si transparent, qu’onpouvait voir au travers bien loin, et jusqu’aux profon-deurs du sanctuaire, où les anges sont assis au pied deDieu, et étudient dans ses yeux la base fondamentale.Pour moi, je vivais encore dans le songe de la nuit pré-cédente, que je ne pouvais chasser de ma mémoire.C’était le vieux conte du chevalier qui descend dans unpuits profond, où la plus belle des princesses est en-gourdie dans un sommeil enchanté. J’étais moi-mêmele chevalier, et le puits me paraissait la mine obscure deClausthal. Tout à coup parurent beaucoup de lumières,et de toutes les crevasses du puits jaillirent les nainsvigilants qui me firent des grimaces courroucées, s’es-crimèrent contre moi avec leurs petits sabres, tirèrent deleurs cors des sons perçants qui en firent venir sansnombre et sans cesse, et ils remuaient d’une manièreeffrayante leurs larges têtes. Au moment où je les frap-pai, le sang coula, et je m’aperçus que c’étaient les têtesdes rouges chardons à longue barbe que j’avais abattues