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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Les montagnes devenaient ici plus escarpées, lesbois de sapins roulaient sous mes pieds leurs massescomme les flots verts de la mer, et sur ma tête lesblancs nuages voguaient dans le ciel bleu. L’aspect sau-vage du pays était adouci par son unité et par sa simpli-cité tout à la fois. La nature, en bon poëte, n’aime pasles transitions trop heurtées. Les nuages, quelque bizar-rement contournés qu’ils paraissent parfois, portent uncoloris blanc ou d’une teinte claire qui s’harmoniseavec le bleu du ciel et le vert de la terre; toutes lescouleurs d’un paysage se fondent ensemble comme lessons d’une musique douce , et l’aspect de la nature agitcomme un calmant sur le corps et sur l’âme de l’homme.Feu Hoffmann aurait fait des nuages de couleur pie...Telle qu’un grand poëte, la nature sait aussi produireles plus grands effets avec les moindres moyens. Ce nesont toujours qu’un soleil, des arbres, des fleurs, del’eau et de l’amour. Sans doute si ce dernier élémentne se trouve pas dans l’âme du spectateur, le tout peutprésenter un pauvre aspect, et le soleil n’a plus alorsque tant de mille lieues de diamètre, et les arbres sontde bon bois de chauffage, et les fleurs sont classéespar leurs étamines, et l’eau n’est qu’une chose hu-mide.
Un petit garçon, qui faisait dans le bois des fagotspour son oncle malade, me montra le village de Lerr-bach, dont les petites cabanes à toits gris s’étendentdans la vallée sur une longueur de plus d’une demi-