20 ŒUVRES I)E HENRI HEINE.
de la ville j que le jeune duc avait été fait prisonnier parles Turcs, sur la route de la terre sainte, et ne pouvaitêtre délivré qu’au prix d’une forte rançon. Le longvoyage du duc peut avoir donné naissance a ce conte.Le peuple conserve encore aujourd’hui ce tour d’espritfabuleux traditionnel, qui s’exprime d’une manière sicharmante dans son Duc Ernest. Le colporteur de cettenouvelle était cette fois un compagnontailleur, gentil petitjeune homme, mais si mince que la lueur des étoilesaurait pu être aperçue au travers de son corps, commeà travers les fantômes nuageux d’Ossian. Il consistait enun baroque mélange de bonne humeur et de mélanco-lie. Cette dernière qualité se manifesta surtout dans lafaçon drôlement touchante dont il chanta l’admirablechanson : Un hanneton bourdonnait sur la haie , soumm,soumm / II y a cela de beau chez nous autres Alle-mands , qu’il n’y a nul de nous tellement fou qui n’entrouve encore un plus fou pour le comprendre. Il n’y aqu’un Allemand dont la sensibilité puisse s’identifieravec cette chanson au point d’en rire et d’en pleurer àmourir. Je remarquai encore en cette occasion à quelleprofondeur la parole de Gœthe a pénétré dans la vie dupeuple. Mon mince compagnon de route fredonnait detemps en temps aussi : Chagrin et joyeux , les penséessont libres; puis il chanta une chanson où Charlottes’afflige au tombeau de son ami Werther. Le tailleurdéborda de sentimentalité à ces mots :