PREFACE
Ce sera toujours une question difficile à résoudre, quecelle de savoir comment on doit traduire en français un écri-vain allemand. Doit-on élaguer çà 'et là des pensées et desimages, quand elles ne répondent pas au goût civilisé des Fran-çais et lorsqu’elles pourraient leur paraître une exagérationdésagréable ou même ridicule? ou bien faut-il introduire lesauvage Allemand dans le beau monde parisien avec touteson originalité d’outre-Rhin, fantastiquement colorié de ger-manismes et surchargé d’ornements par trop romantiques?Selon mon avis, je ne crois pas qu’on doive traduire le sau-vage allemand en français apprivoisé, et je me présente icimoi-même dans ma barbarie native, à l’instar des Charruas,à qui vous avez fait, l’été dernier, un accueil si bénévole. Etmoi aussi je suis un guerrier comme l’était le grand Tacuabé.Il est mort aujourd’hui, et sa dépouille mortelle reste précieu-sement conservée au Jardin des Plantes, dans le musée zoolo-gique, ce Panthéon du règne animal.
Ce livre est un théâtre d’exhibition. Entrez, n’ayez nullecrainte. Je ne suis pas si méchant que j’en ai l’air. Je n’aipeint mon visage de si farouches couleurs que pour mieux