XII
HENRI HEINE.
cher corps, un être purement abstrait, je m’en aille errerla-haut comme un rien bienheureux, clans le royaume delumière, dans ces froids espaces du ciel où les éternitéssilencieuses me regardent en bâillant ; elles se traînent là,pleines d’ennui, et font un claquement insipide avec leurspantoufles de plomb 1 Oh I cela est effroyable ! Oh ! reste,avec moi, mon corps bien-aimé! bLe corps dit à la pauvre âme : « Oh! consolc-toi, net’afflige pas ainsi. Nous devons supporter en paix le sortque nous fait le destin. J’étais la mèche de la lampe, ilfaut bien que je me consume : toi, l’esprit, tu seras choisil'a-haut pour briller, jolie petite étoile, de la clarté la pluspure. Je ne suis qu’une guenille, moi. Je ne suis quematière : vaine fusée, il faut que je m’évanouisse et que jeredevienne ce que j’ai été— un peu de cendre. Adieudonc et console-toi. Peut-être, d’ailleurs, s’amuse-t-ondans ce ciel beaucoup plus que lu ne penses. Si tu ren-contres la Grande-Ourse à la voûte des astres, salue-lamille fais de ma part. »
Théophile GAUTIER.