HENRI HEINE.
XI
frétiller le bout de queue du dragon au coin d’une lèvrerose ; et avec quelle conviction il dit de Lusignan, l’amantde iMélusine : « Heureux homme dont la maîtresse n’étaitserpent qu’à moitié 1 »
Si Heine a sculpté dans le paros le plus étincelant desstatues de dieux grecs et des bas-reliefs de Bacchanalesaussi purs de forme que l’antique, il est au moins l’égald’L'liland et de Tieck lorsqu’il raconte les légendes catho-liques et chevaleresques du moyen âge. 11 tire du cor mer-veilleux d'Achim d’Arnim et de Brentano des fanfares quifont tressaillir les cerfs au fond des forêts et s’abattre lepont-levis des manoirs féodaux. Quand il s’élance sur sondestrier, il frôle bientôt de sa botte la jupe armoriée de lachâtelaine en chasse, et nul ne manie l'épieu de meilleuregrâce.
Nos mœurs littéraires, très-adoucies, peuvent faire pa-raître d’une grande cruauté quelques-unes des exécutionsde Henri Heine ; il est impitoyable pour les mauvais poètes ;mais Apollon n’a-t-il pas le droit d’écorcher Marsyas? Lamain qui tient la lyre d’or tient aussi le couteau pour dis-séquer le grossier satyre. — Terminons par cette page dulivre de Lazare; elle donnera une idée de la manière dupoète, qui sait maintenant a quoi s’en tenir sur cette ter-rible question :
La pauvre âme dit au corps : « Je ne te quitte pas, jereste avec toi, avec toi je veux m’abîmer dans la nuit et lamort, avec toi boire le néant^ Tu as toujours été mon se-cond moi, tu m’enveloppais amoureusement comme unvêtement de satin doucement doublé d’hermine; hélasI illaut maintenant que toute nue, toute dépouillée de mon