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1 (1861)
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VIII
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VIII

HENRI HEINE.

admirateurs se promenaient devant la maison mortuaire,attendant que lon se mît en marche pour le cimetière.Le poète avait défendu toute pompe, toute cérémonie ; ilse regardait comme mort depuis longtemps, et il voulaitque le peu qui restait de lui fût emporté silencieusementde cette chambre quil ne devait quitter que pour latombe. La vue du cercueil, très-large, très-long, très-lourd, la mince dépouille était couchée plus à laise quedans son lit, nous fit souvenir involontairement de ce pas-sage de P Intermezzo : a Allez me chercher une bière deplanches solides et épaisses : il faut quelle soit plus lon-gue que le pont de Mayence; et amenez-moi douze géantsencore plus forts que le vigoureux saint Christophe duDôme de Cologne, sur le Rhin ; il faut quils emportent lecercueil et le jettent à la mer; un aussi grand cercueildemande une grande fosse. Savez-vous pourquoi il fautque le cercueil soit si grand et si lourd? Jy déposerai enmême temps mon amour et mes souffrances. »

En effet, la bière nétait pas trop grande; et si on nela jeta pas à la mer, on la descendit dans un caveau pro-visoire, en présence des poètes et des artistes français ouallemands, peu nombreux, qui se tenaient respectueu-sement rangés, sachant quils assistaient aux funéraillesdun roi de lesprit, quoiquil ny eût ni long cortège, nimusique lugubre, ni tambours voilés, ni drap noir con-stellé dOrdres, ni discours emphatique, ni trépieds cou-ronnés de flammes vertes. La dalle refermée, chacunredescendit la triste colline et se perdit dans limmensefourmillement de la vie humaine.

Peu de poètes nous ont ému et troublé autant que