VIII
HENRI HEINE.
admirateurs se promenaient devant la maison mortuaire,attendant que l’on se mît en marche pour le cimetière.Le poète avait défendu toute pompe, toute cérémonie ; ilse regardait comme mort depuis longtemps, et il voulaitque le peu qui restait de lui fût emporté silencieusementde cette chambre qu’il ne devait quitter que pour latombe. — La vue du cercueil, très-large, très-long, très-lourd, où la mince dépouille était couchée plus à l’aise quedans son lit, nous fit souvenir involontairement de ce pas-sage de P Intermezzo : a Allez me chercher une bière deplanches solides et épaisses : il faut qu’elle soit plus lon-gue que le pont de Mayence; et amenez-moi douze géantsencore plus forts que le vigoureux saint Christophe duDôme de Cologne, sur le Rhin ; il faut qu’ils emportent lecercueil et le jettent à la mer; un aussi grand cercueildemande une grande fosse. Savez-vous pourquoi il fautque le cercueil soit si grand et si lourd? J’y déposerai enmême temps mon amour et mes souffrances. »
En effet, la bière n’était pas trop grande; et si on nela jeta pas à la mer, on la descendit dans un caveau pro-visoire, en présence des poètes et des artistes français ouallemands, peu nombreux, qui se tenaient là respectueu-sement rangés, sachant qu’ils assistaient aux funéraillesd’un roi de l’esprit, quoiqu’il n’y eût ni long cortège, nimusique lugubre, ni tambours voilés, ni drap noir con-stellé d’Ordres, ni discours emphatique, ni trépieds cou-ronnés de flammes vertes. La dalle refermée, chacunredescendit la triste colline et se perdit dans l’immensefourmillement de la vie humaine.
Peu de poètes nous ont ému et troublé autant que