HENRI HEINE.
VII
quelques minutes : ce spectre, qui semblait dans ses lin-ceuls une efügie funèbre couchée sur un monument,trouvait une voix pour causer, pour rire, pour lancer despirituelles ironies, pour dicter des pages charmantes,pour donner l’essor à des strophes ailées, et, aux jours oùla pierre de sa tombe lui meurtrissait plus durement lesreins, pour gémir des lamentations aussi tristes que cellesde Job sur son fumier. Ses amis devraient se réjouir dece que cette atroce torture soit terminée enfin, et que lebourreau invisible ait donné le coup de grâce au pauvresupplicié; mais penser que ce cerveau lumineux, pétri derayons et d’idées, d’où les images sortaient en bourdon-nant coiùme des abeilles d’or, il ne reste plus aujourd’huiqu’an peu de pulpe grisâtre, est une douleur qu’on n’ac-cepte pas sans révolte. C’est vrai, il était cloué vivant danssa bière; mais, en approchant l’oreille, on entendait lapoésie chanter sous le drap noir. Quel deuil de voir unde ces microcosmes plus vastes que l’univers et 'contenuspar l’étroite voûte d’un crâne, brisé, perdu, anéanti!Quelles lentes combinaisons il faudra a la nature pourformer une tête pareille I
Henri Heine était né le l' r janvier de l’année \ 801, cequi lui faisait dire en riant, qu’il était le premier hommedu siècle. Tôpffer remarque l’inconvénient qu’il y a, lors-qu’on vieillit, à porter le millésime de son siècle, quivous avertit perpétuellement de votre âge et semble vousentraîner avec lui. Heine a quitté son compagnon à lacinquante-sixième étape.
11 faisait un temps froid, gris, brumeux; l’heure indi-quée pour le convoi était matinale; quelques rares amis et