Druckschrift 
1 (1861)
Entstehung
Seite
VI
Einzelbild herunterladen
 

VI

HENRI HEINE.

composa ce singulier poème dont un ours est le héros,mêlant à la poésie la plus idéale les caprices les plus gro-tesques, et je le perdis de vue quelque temps.

Un matin lon vint me dire quun étranger, dont je nepus comprendre le nom défiguré par le domestique, de-mandait a me parler. Je descendis dans la pièce jerecevais les visiteurs, et je vis un homme très-maigre dontle masque rappelait celui de Géricault, et se terminait parune barbe pointue et fauve, déjà mêlée de beaucoup defils dargent. Je cherchai dans mes souvenirs quel pouvaitêtre cet hôte matinal qui me saluait de mon petit nom etme tendait la main avec la franche cordialité dun vieilami. je ne parvins pas à mettre un nom sur cette figureainsi changée ; mais, au bout de quelques minutes de con-versation , à un trait desprit de linconnu, je mécriai:

« Cest le diable ou cest Heine. » Cétait Heine en effet,de dieu devenu homme.

A quelques mois de, Henri Heine prit le lit pour neplus le quitter: il resta huit ans cloué sur la croix de laparalysie par les clous de la souffrance Pendant cettelongue agonie il offrit le phénomène de lâme vivant sanscorps, de lesprit se passant de la matière, la maladielavait atténué, émacié, disséqué comme 'a plaisir, et dansla statue du dieu grec taillait avec la patience minutieusedun artiste du moyen âge un Christ décharné jusquausquelette, les nerfs, les tendons, les veines apparais-saient en saillie. Ainsi dépouillé, il était beau encore ; etlorsquil relevait sa paupière appesantie, une étincelle jail-lissait de sa prunelle presque aveugle; le génie ressuscitaitcette face morte; Lazare sortait de son caveau pendant