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1 (1861)
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III
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HENRI HEINE.

III

Cétait un bel homme de trente-cinq ou trente-six ansayant les apparences dune santé robuste; on eût dit unApollon germanique a voir son haut front blanc, purcomme une table de marbre, quombrageaient dabon-dantes masses de cheveux blonds. Ses yeux bleus pétil-laient de lumière et dinspiration; ses joues rondes,pleines, dun contour élégant, nétaient pas plombées parla lividité romantique à la mode à cette époque. Au con-traire, les roses vermeilles sy épanouissaient classique-ment; une légère courbure hébraïque dérangeait, sans enaltérer la pureté, lintention quavait eue son nez dêtregrec; ses lèvres harmonieuses « assorties comme deuxbelles rimes », pour nous servir dune de ses phrases,gardaient au repos une expression charmante; mais, lors-quil parlait, de leur arc rouge jaillissaient en sifflant desflèches aiguës et barbelées, des dards sarcastiques nemanquant jamais leur but; car jamais personne ne futplus cruel pour la sottise : au sourire divin du Musagètesuccédait le ricanement du Satyre.

Un léger embonpoint païen que devait expier plus tardune maigreur toute chrétienne arrondissait ses formes : ilne portait ni barbe, ni moustache, ni favoris, ne fumaitpas, ne buvait pas de bière, et comme Gœthe avait hor-reur de trois choses : il était alors dans toute sa ferveurhégélienne; sil lui répugnait de croire que Dieu sétaitfait homme, il admettait sans difficulté que lhomme sétaitfait Dieu, et il se comportait en conséquence. Laissons-Ieparler lui-même et raconter ce splendide enivrement intel-lectuel. « Jétais moi-même la loi vivante de morale, jétaisimpeccable, jétais la pureté incarnée; les Madeleines les