iv HENRI HEINE.
plus compromises furent puriiiées par les flammes de mesardeurs et redevinrent vierges entre mes bras: ces restau-rations de virginités faillirent parfois, il est vrai, épuisermes saintes forces; j’étais tout amour et tout exempt dehaine; je ne me vengeais plus de mes ennemis; car jen’admettais pas d’ennemis vis-à-vis de ma divine personne,mais seulement des mécréants, et le tort qu’ils me fai-saient était un sacrilège, comme les injures qu’ils medisaient étaient autant de blasphèmes. Il fallait bien detemps en temps punir de telles impiétés, mais c’était unchâtiment divin qui frappait le pécheur, et non une ven-geance par rancune humaine. Je ne connaissais pas nonplus à mon égard des amis, mais bien des fidèles, descroyants, et je leur faisais beaucoup de bien. Les frais dereprésentation d’un Dieu qui ne saurait être chiche et quine ménage ni sa bourse ni son corps sont énormes. Pourfaire ce métier superbe, il faut avant tout être doté debeaucoup d’argent et de beaucoup de santé; or, un beaumatin, c’était à la fin du mois de février 1848, — cesdeux choses me firent défaut, et ma divinité en fut telle-ment ébranlée qu’elle s’écroula misérablement. »
Je vis beaucoup Heine pendant cette période divine,c’était un dieu charmant — malin comme un diable — ettrès-bon quoi qu’on en ait pu dire. Qu’il me regardâtcomme son ami ou comme son croyant, cela ne m’impor-tait guère, pourvu que je pusse jouir de son étincelanteconversation ; car, s’il fut prodigue de son argent et de sasanté, il le fut encore davantage de son esprit. Quoiqu’ilsût très-bien le français, quelquefois il s’amusait à déguiserses sarcasmes d une forte prononciation tudesque qui eût