H HENRI HEINE.
l’entourait, car un jour très-vif eût blessé son regardpresque éteint, je distinguai un fauteuil près de sa couchede grabataire et j’y pris place. Le poète me tendit aveceffort une petite main douce, fluette, mate et blanchecomme une hostie, une main de malade soustraite a 1 in-fluence du grand air, et qui n’a rien touché, pas même laplume depuis des années; jamais les plus durs osselets dela mort ne furent gantés d’une peau plus suave, plus onc-tueuse, plus satinée, plus polie. La lièvre à défaut de lavie y mettait quelque chaleur, et cependant a son contactj’éprouvai un léger frisson comme si j’avais touché la maind’un être n’appartenant plus à la terre.
De l’autre main, pour me voir, il avait soulevé la pau-pière paralysée de l’œil qui, chez lui, conservait une per-ception confuse des objets et lui laissait encore devinerun rayon de soleil comme à travers une gaze noire. Aprèsquelques phrases échangées, quant il sut le motif de mavenue, il me dit : « Ne vous apitoyez pas trop sur moi ; lala vignette de la Revue des Deux Mondes, où l’on mereprésente émacié et penchant la tête comme un Christde Moralès, a déjà trop ému en ma faveur la sensibilitédes bonnes gens; je n’aime pas les portraits qui ressem-blent, je veux être peint en beau comme les jolies femmes.Vous m’avez connu lorsque j’étais jeune et florissant; sub-stituez mon ancienne image à cette piteuse effigie, s
En effet le Henri Heine à qui j’avais été présenté en183 ..., peu de temps après son arrivée à Paris, ne res-semblait guère à celui qui, alors, était étendu sous mesyeux, immobile comme un corps qui attend qu’on lecouche au cercueil.