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Poëmes et légendes
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

aveugle païen, et son public dAthènes avait bien reçu une édu-cation classique, mais se connaissait peu en morale chré-tienne. Jaurais déjà meilleure grâce à invoquer lexemple deCervantes et de Molière. Le premier écrivit pour la hautenoblesse des deux Castilles, le second pour le grand roi et lagrande cour de Versailles. Mais joublie que nous vivons dansune époque très-bourgeoise, et je prévois, hélas ! que maintesdemoiselles des bords de la Sprée et même de lAlster, à lalecture de mon poëme, fronceront leurs sourcils. Ce que je pré-vois encore avec plus de peine, ce sont les clameurs de nosPharisiens de la nationalité allemande, qui vont maintenantbras dessus bras dessous avec les gouvernements, et quijouissent de lamour et de la haute estime de la censure ; dansla presse ils ont la prédominance, aussitôt quil sagit decombattre leurs adversaires qui sont en même temps les ad-versaires de leurs très-hauts et très-puissants princes et prin-cipicules. Nous avons le cœur cuirassé contre la mauvaisehumeur de ces héroïques laquais à la livrée noire, rouge et or.Je les entends déjà crier de leur grosse voix : Tu blasphèmesles couleurs de notre drapeau national, contempteur de lapatrie, ami des Français à qui tu veux livrer le Rhin libre.Calmez-vous ; jestimerai, jhonorerai votre drapeau, lorsquille méritera, et quil ne sera plus le jouet des fous ou desfourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensée alle-mande, faites-en létendard de la libre humanité, et je verseraipour elles la dernière goutte de mon sang. Soyez tranquilles,jaime la patrie, tout autant que vous. Cest à cause de cetamour que jai vécu tant de longues années dans lexil ; cest àcause de cet amour que jy passerai peut-être le reste de mesjours, sans pleurnicher, sans faire les grimaces dun martyr.Jaime les Français, comme jaime tous les hommes, quandils sont bons et raisonnables, et parce que je ne suis pas assezsot e! assez méchant moi-même pour désirer que les Allemands