58
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Uraka, assise près d’un feu clair, était en train depeigner son gros et gras caniche. Elle lui donna vitecongé,
Pour s’occuper de nous. Elle fit mon lit, dénoua mesespadrilles, cette chaussure pittoresque et absurde,
M’aida à me déshabiller, m’ôta même mon pantalonmouillé ; il me tenait aux jambes, serré et fidèle commel’amitié d’un niais.
Mes trente-six rois d’Allemagne, m’écriais-je, je lesdonnerais maintenant pour une robe de chambre bienchaude! Et ma chemise humide fumait sur ma poitrine.
Frissonnant, claquant des dents, je m’accroupis uninstant devant le foyer ; puis je m’étendis sur la paille,presque étourdi par le feu,
Mais sans pouvoir dormir. Les yeux à demi fermés, jeregardai la sorcière assise près de la cheminée, quitenait sur ses genoux la tête et la poitrine de son fils ;il était presque entièrement déshabillé.
Le gras caniche se tenait debout à ses côtés, et lui pré-sentait avec beaucoup d’aisance un petit pot dans sespattes de devant.
Uraka prit dans ce pot une sorte de graisse rouge, enoignit la poitrine et les côtes de son fils, puis le frottavivement avec une hâte convulsive.