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OEUVRES DE HENRI HEINE
mes couleurs, vous ferez coudre des anneaux jaunesà votre manteau ou vous porterez une ceinturerayée de bleu : car ce sont là les couleurs de mamaison, de la maisoû qui s’appelle Israël; et elle estbien misérable, cette maison, puisqu’elle est ba-fouée dans les rues par les enfants de la fortune ! »
Une rougeur subite, une rougeur de pourpre cou-vrit les joues de l’Espagnol; un embarras indicibleagita convulsivement ses traits; il répondit en bé-gayant: « Seïïora... vous m’avez mal compris... uneplaisanterie innocente... mais, par le ciel !... ce n’estpas une insulte, oh ! non, ce n’est pas une insulte à Is-raël... Moi aussi, je descends de la maison d’Israël...mon grand-père était juif, peut-être même monpère... »
— « Et à coup sûr, sefior, votre oncle est juifaussi, » dit le rabbin qui, jusque-là témoin impassiblede cette scène, interrompit tout à coup l’Espagnolet ajouta gaîment avec malice : « Je me porteraisgarant que don Isaac Abarbanel, neveu du grand-rabbin, est issu du meilleur sang d’Israël, peut-êtremême, qui sait? de la race royale de David. »
A ces mots, le baudrier résonna sous le manteau del'Espagnol, ses joues se couvrirent d’une pâleur li-