45
rage et déplorons leurs malheurs; elles détestent letyran autant et plus que le reste des Français; maiselles ont fait un serment; et des grenadiers françaismeurent victimes de leur parole. La vue de l’étendardmilitaire inspire la fidélité : depuis nos pères les Francsjusqu’à nous, nos soldats ont fait un pacte saint, etse sont, pour ainsi dire, mariés à leurs épées. Neprenons donc pas le sacrifice de l’honneur pour l’amourde l’esclavage. Nos braves guerriers n’attendent qu’àêtre dégagés de leurs paroles. Que les Français etles Alliés reconnoissent leurs princes légitimes, et àl’instant l’armée, déliée de son serment, se rangerasous le drapeau sans tache, souvent témoin de nostriomphes, quelquefois de nos revers, toujours denotre courage, jamais de notre honte.
Les rois alliés ne trouveront aucun obstacle à leurdessein, s’ils veulent suivre le seul parti qui peut as-surer le repos de la France et celui de l’Europe. Ilsdoivent être satisfaits du triomphe de leurs armes. NousFrançais, nous ne devons considérer ces triomphes quecomme une leçon de la Providence, qui nous châtiesans nous humilier. Nous pouvons nous dire avec as-surance , que ce qui eût été impossible sous nos princeslégitimes, ne pouvoit s’accomplir que sous le règne d’unaventurier. Les rois alliés doivent désormais aspirer àune gloire plus solide et plus durable. Qu’ils se ren-dent avec leur garde sur la place de notre révolution ;qu’ils fassent célébrer une pompe funèbre à la placemême où sont tombées les têtes de Louis et d’Antoi-nette; que ce conseil de Rois, la main sur l’autel, aumilieu du peuple français à genoux et en larmes, recon-noisse Louis XVIII pour roi de France: ils offrirontau monde le plus grand spectacle qu’il ait jamais vu,et répandront sur eux une gloire que les siècles nepourront effacer.
Mais déjà une partie de ces événemens est accom-plie. Les miracles ont enfanté les miracles. Paris,comme Athènes, a vu entrer dans ses murs des étran-gers qui l’ont respecté, en souvenir de sa gloire et deses grands hommes. Quatre-vingt mille soldats vain-queurs ont dormi auprès de nos citoyens, sans troublerleur sommeil, sans se porter à la moindre violence,sans faire même entendre un chant de triomphe. Ce