INTRODUCTION HISTORIQUE
I. Origine de la famille Zetter.
uivant une tradition conservée dans une branche de la famille, les Zetter seraient fort anciens àMulhouse, où ils remonteraient au xi e siecle. Le premier du nom aurait été un peintre-verriervenu de la Pologne pour peindre les vitraux du chœur de l'ancienne église protestante de Saint-Etienne. Ehrsam, dans son rôle des bourgeois, Burgerbuch, prétend de son côté qu'une traditionde famille donne comme auteur du lignage, un peintre-verrier célèbre venu d'Allemagne.
Mais l'histoire n'est pas la légende et celle qui a trait aux Zetter ne s'appuie sur aucun document. Avantla première moitié du xvi° siècle, ce nom ne figure nulle part dans nos annales. Les registres de la taille,Geiverfsbiïcher, de 1418 à 1531 sont absolument muets à l'égard des Zetter, ce qui serait impossible si un membrede cette famille avait alors déjà demeuré à Mulhouse, aucun habitant de la ville n'étant exempté d'impositions.D'un autre côté, les plus anciens vitraux de Saint-Etienne sont, suivant le baron de Schauenburg 1 ), du xiv e siècle.L'église Saint-Etienne ne remontait d'ailleurs elle-même pas au xi° siècle et, de toute façon, ses débuts trèsmodestes excluaient évidemment des verrières nombreuses, pour l'exécution desquelles il eût été nécessairede faire venir de loin des artistes spéciaux. Ajoutons, du reste, que la reconstruction à neuf du chœur del'ancienne église Saint-Etienne, dans lequel se trouvaient les plus beaux vitraux, remonte seulement à l'année 1380,ce qui concorde parfaitement avec les affirmations de M. de Schauenburg.
La tradition, dans le cas particulier et comme c'est presque toujours son habitude, a évidemment « brodé »sur un thème historique existant, en renchérissant largement sur certaines parties. Car il est exact que la familleZetter a produit à l'origine une série de peintres-verriers de talent; mais le premier qui, à notre connaissance,exerçait cet art exquis, est Médard N° 3, lequel n'est venu au monde qu'un demi-siècle après la Réforme, c'est-à-dire à une époque où la peinture religieuse, sous toutes ses formes, était bannie des églises protestantes. Seules,les verrières existantes obtinrent grâce — sans doute, parce que l'on ne savait pas trop par quoi les remplacer,—mais on n'en faisait point faire de nouvelles. Dans les pays où la nouvelle doctrine avait été adoptée, les artistesdurent alors s'adonner à d'autres genres, et c'est à partir de ce moment que l'on voit les vitraux armoriésprendre une vogue remarquable. Les plus beaux spécimens de ces vitraux à blasons datent de la seconde moitiédu xvi° siècle, et d'une bonne partie du xvn°. Les villes en faisaient présent à leurs voisins ou alliés, et lescorporations de métiers ornaient leurs poêles des vitraux que leurs membres leur offraient, soit à l'occasiond'élections à des fonctions supérieures, ou à tout autre propos. Les particuliers un peu aisés, tant de la bourgeoisieque de la noblesse, en décoraient leur intérieur. On verra, au surplus, plus loin, que les Zetter avaient, comme
i) Bulletin du Musée historique de Mulhouse, t. VI, 1881, p. 95 et suivantes.