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État présent de la noblesse française
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XIV
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xiv

APERÇU HISTORIQUE

les roturiers s'en attribuassent le pouvoir. C'est pourquoi Us étaient rejetés»à lamilice, loin d'être admis à la chevalerie; et, quoiqu'ils pussent être employés à la.suite des grands, suivant leur capacité, ils gardaient toujours le nom de vfllain,qui était le caractère essentiel de leur naissance. »

On a démontré ailleurs comment la royauté parvint à réfréner la féodalité parla force des armes, par l'affranchissement des communes et par les lettres d'ano-blissement ; mais avant ce travail de la royauté, l'aristocratie elle-même avaitcommencé l'œuvre de son affaiblissement.

On sait en effet comment, après les coûteuses expéditions des croisades, la no-blesse avait fait bon marché de ses fiefs. Philippe le Bel multiplia les anoblisse-ments en permettant l'acquisition de ces fiefs. Enrichie par le développement deson commerce et de son industrie, la bourgeoisie mit une ardeur extrême à se re-vêtir des dépouilles féodales. Louis X seconda le mouvement. « Comme leroyaume, dit ce prince, est appelé le royaume des Francs, nous voulons que lachose soit conforme au nom. »

Et dès ce moment, en effet, la royauté proclamait ce principe que la vertu mili-taire n'est pas la seule profession noble de la société civile ; que la paix a ses il-lustres, aussi bien que la guerre, et que la science qui fait régner la justice, nemérite pas moins du public que la force qui conserve l'État (i).

Cette maxime professée par la royauté fut le signal d'une véritable révolution,car elle donnait à la bourgeoisie l'accès des grandes charges, naguère le partageexclusif des nobles de race ; et bientôt la politique royale, secondant ce mouve-ment, multiplia les fonctions qui pouvaient anoblir les titulaires. On trouvedans le Traité de la Roque le long détail de ces sortes de charges.

Comme autrefois Caracalla avait donné des droits de citoyen romain à tout lemonde, nos rois en vinrent à anoblir d'abord certaines compagnies ou corpora-tions, puis, des villes entières : et cette manière de révolution ne s'opéra point auxviii c siècle, réputé comme le siècle de la philosophie et le point de départ de l'é-galité civile; mais dès le commencement du xiv e siècle.

Philippe VI autorisa ses commissaires au baillage de Màcon et dans les séné-chaussées de Toulouse, Beaucaire et Tarascon, à anoblir les laïcs et à légitimerles bâtards, sans, ou moyennant finance (26 février 1365).

En beaucoup de villes, les charges municipales conféraient la noblesse.

Charles V, par son édit de 1371, déclare nobles tous les bourgeois de Paris,titre qui leur fut confirmé par les rois ses successeurs, Charles VI, Louis XI,François I er et Henri II. Henri III, en 1577, restreignit ce privilège au seulprévôt des marchands et aux échevins.Il fut supprimé en 1667, rétabli en1707, supprimé de nouveau en 1715, et rétabli enfin en 1716 tel qu'il subsistajusqu'à la révolution.

Nous n'aborderons pas la question de savoir quel privilège cet anoblissementde toute une population pouvait conférer à ceux qui en étaient l'objet. Nous pen-chons à croire qu'il était purement honorifique, et simplement de nature à dimi-nuer le prestige attaché à la qualification de noble que, jusque-, s'était exclusi-vent attribué l'aristocratie; car, pour ce qui regarde l'impôt et les charges oné-raires, les privilèges qui en exemptaient n'étaient point attachés à ces distinc-tions.

(1) La Roque, p. io3.