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État présent de la noblesse française
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XIII
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APERÇU HISTORIQUE

sans quelque apparence de raison, que les Gaulois, après la conquête franque,continuèrent à jouir, en toute liberté, de leurs possessions, si ce n'est dans les.terres saliques, dans les terres échues aux Francs, et devenues pour eux hérédi-taires. Bien plus, les Gallo-Romains prirent une part active et suivie au manie-ment des affaires. Nous n'en donnerons pour preuve que le soin avec lequel Gré-goire de Tours fait remarquer si le fonctionnaire dont il parle descend, oui ounon; d'une famille sénatoriale, et nous voyons qu'après la chute momentanée deChildéric, ce fut le Gallo-Romain Jïgidius qui fut porté sur le trône.

L'histoire de la première et de la seconde race nous montre le parti gaulois encontinuelle rivalité de service et d'autorité avec les chefs ou nobles de la racefranque. On s'est évertué à trouver la preuve d'un antagonisme de races ; peut-être s'est-on mépris. Les Francs, quoique barbares, s'étaient annoncés commelibérateurs du joug romain ; et la plus grande preuve de leurs dispositions libé-rales, c'est leur empressement à adopter la religion des vaincus, à s'immiscer auxmœurs, aux coutumes nationales.

On ne peut contester toutefois que la Noblesse moderne, celle qui poussa de siprofondes racines en Europe, n'ait sa physionomie et les bases de sa constitu-tion à l'établissement des fiefs. C'est une phase nouvelle, une transformationqu'il faut bien reconnaître, mais dont il ne faut pas exagérer les conséquences,ainsi que l'ont fait Boulainvilliers, Montesquieu lui-même et tant d'autres.

Ce fut, comme on sait, vers la fin de la seconde race ( Capitul. de Kier^y, 877)que les grands, profitant de l'affaiblissement de la royauté, convertirent les droitstemporaires dont ils jouissaient en droits héréditaires et perpétuels. Dès ce mo-ment, les magistratures politiques et les commandements militaires leur furentexclusivement dévolus. Sous le nom de ducs, ils commandaient à dix centeniersou tribuns militaires, ayant chacun sous leurs ordres cent hommes d'armes, cequi faisait mille hommes par duc.

Les comtes présidaient aux jugements rendus par les jurés francs ou gaulois.

Les marquis gardaient les marches ou défilés des frontières ;

Les barons, ou bonshommes, donnaient leur avis sur les questions embarras-santes.

Mais cet ordre de choses éprouva des modifications sensibles à mesure que laroyauté reprit sa puissance. On peut trouver dans le simple préambule de noslois l'histoire des variations de la noblesse en France. Sous les rois de la premièrerace, elles sont promulguées consensu. omnium; après le capitulaire de Kierzy,assensu episcoporum, comitum, baronum, et, depuis saint Louis, par grand con-seil de saiges hommes et de boins clercs, par les pins léaux et les plus ancienshommes de Paris, par les bourgois députés de nos villes... ce qui semble indi-quer suffisamment que, sous la première race, la noblesse était peu de chose ;que, sous la féodalité, elle était tout; et que, sous saint Louis et ses successeurs,ses prérogatives furent diminuées et partagées.

Ce dont il faut tenir compte, c'est que, dans les débuts de toute nationalité, laprofession des armes a primer toutes les autres professions. Le commande-ment, l'autorité, la suprématie durent donc rester le partage exclusif de certainesfamilles; et ce sont ces familles qui, partout, durent constituer le corps de la no-blesse. « Nos pères, » dit Boulainvilliers (avec cette arrogance aristocratique quilui est personnelle), « étaient si persuadés que le droit de commander aux autreshommes était attaché à la noblesse, qu'ils ne souffraient, sous aucun prétexte, que