XVI
INTRODUCTION
pour reconstituer la fortune de ses partisans; le fameux milliard d'indemnitéqui devait fondre en partie dans une répartition inégale, n'était pas encorevoté. Dans cette situation, imposer aux pairs de France l'obligation de consti-tuer des majorats à leurs fils pour que ceux-ci pussent porter un titre, auraitété cruel et même un peu dérisoire. 11 fut permis au fils aîné d'un duc et pairde prendre le titre de marquis, au cadet le titre de comte et ainsi de suite, lestitres de vicomte, de baron, de chevalier, mais sans que dans aucun cas cestitres pussent se multiplier à l'infini; le fils d'un pair marquis s intitulaitcomte; le fils d'un pair comte, vicomte, et ainsi de suite; mais cette faveurétait réservée exclusivement à la pairie héréditaire, à moins qu'il n'eût existéavant la Révolution plusieurs titres dans la famille.
Comment se fit-il que bientôt tout fils de marquis s'intitula comte, toutfils de comte, vicomte ou baron, et que ceux-là même qui, par leur origineimpériale, n'auraient jamais dû recueillir dans l'héritage paternel des titres quialors n'existaient pas, furent les plus empressés à s'en décorer ? 11 faut ledemander à la nature humaine; il faut en rendre aussi responsable la tolérancedont le gouvernement de la Restauration aimait à couvrir ces petites usurpa-tions. Elles se sont si largement multipliées depuis que l'on aurait mauvaisegrâce à lui en faire un crime. Toutefois il y avait dans cet abus, en même tempsqu'une violation des règles, quelque chose qui frisait déjà le ridicule et lors-qu'on annonçait aux Tuileries une kyrielle de comtes du même nom, qui sedistinguaient seulement par leur prénom, Saint-Simon devait tressaillir danssa tombe et les disciples des d'Hozier et des Chérin se voiler la face.
Ces titres de courtoisie n'étaient pas tous nés au commencement duxix c siècle; la fin du xviu® les avait déjà vus fleurir. Le flot montant des parvenusavait dès cette époque jeté beaucoup d'incertitude sur les droits des meilleursgentilshommes à prendre des titres. Dans le doute on en qualifiait tous ceuxqui se présentaient sans titre à la Cour. 11 fallait fournir ses preuves au juged'armes pour monter dans les carrosses du roi, pour être admis dans l'ordre deMalte et même pour entrer dans le corps des pages; encore la tolérance surce chapitre était-elle devenue la règle. Lorsqu'un gentilhomme recevait le pliqui l'autorisait à se présenter à Versailles, si on ne lui avait pas trouvé de titre,on lui en donnait un, on le qualifiait comte par manière de courtoisie. 11 étaitcomte pour une heure; le lendemain, il n'y paraissait plus, ou pour mieuxdire, il en restait toujours quelque chose, la prétention à un titre qui ne luiavait pas été conféré régulièrement et qui n'ajoutait rien d'ailleurs à sa no-blesse, mais qu il conservait dans le monde jusqu'à sa mort. C'est ainsi quel'on rencontre souvent dans les archives et dans l'histoire cette mention : « ditle comte de X, — dit le marquis de Z; » cela ne signifie rien d'autre sinon