INTRODUCTION
XV
alésée d'or » ; les conseillers d'Etat, « franc-quartier à dextre, échiqueté d'oret d'azur »; les barons militaires, « franc-quartier à sénestre de gueules, àl'épée haute en pal d'argent ». Les simples chevaliers posaient la croix del'ordre sur une pièce noble de leur écu et à défaut sur le champ.
Cette classification, beaucoup plus étendue que nous ne pouvons la don-ner ici, avait le grand avantage de marquer d'une manière concise et clairel'origine et le rang de chacun. Elle aurait rendu bien faciles nos recherches, sielle avait été respectée par les anoblis de l'Empire ; mais ils n'eurent rien deplus pressé, quand le maître ne fut plus là, que de faire disparaître ces signesdistinctifs qui décelaient, à côté des vieux écussons, la jeunesse de leursarmoiries. Ils considéraient l'empreinte impériale comme une tare et voulaientqu'on ne les crût pas les fils de leurs oeuvres. De là un chaos que I'héraldisteaurait peine à débrouiller si les blasons de l'époque impériale n'étaient par-faitement connus et s'ils ne présentaient d'ailleurs dans les meubles dont ilssont le plus souvent surchargés des marques certaines de juvénilité.
La Restauration n'abolit point ce qu'avait fait l'Empire ; elle reconnutexpressément la nouvelle noblesse en même temps qu'elle rendait la vie à l'an-cienne, sans toutefois faire revivre ses privilèges. L'article 71 de la Charte diten propres termes : « La noblesse ancienne reprend ses titres ; la nouvelleconserve les siens. » Dès lors on vit reparaître légalement les titres de marquiset de vicomte que l'Empire avait rayés de la hiérarchie, mais en aucun cas, àmoins de concession souveraine, il ne put être permis aux anoblis de l'Em-pire de les prendre, puisqu'ils étaient autorisés seulement à conserver ceuxque l'Empire leur avait octroyés. S'ils le firent, ce ne fut qu'en violation dutexte constitutionnel.
Là ne se bornèrent pas les changements introduits par la Restaurationdans la législation nobiliaire. Elle y ajouta quelques éléments qui ne manquè-rent pas d'en rehausser le caractère. Le sénat à vie avait été transformé en pai-rie héréditaire; si ce n'était pas là un véritable privilège, c'était du moins uneextension dans l'application du principe d'hérédité; mais on remarquera quecette extension existait déjà dans la loi des majorats qui, loin d'être abrogéepar la Restauration, fut au contraire consacrée par des institutions nouvelles etassez nombreuses. Cependant il y fut dérogé en un point : comme les fils desducs, grands dignitaires ou sénateurs de l'Empire, leurs fils furent autorisés àprendre les titres immédiatement inférieurs à celui du père, mais sans quecelui-ci fût obligé de leur constituer un majorât. La noblesse ancienne étaitappauvrie par la Révolution ; beaucoup de ses membres, et non les moinsnobles ni les moins dignes, étaient ruinés complètement ; le gouvernementnouveau n avait ni les pouvoirs absolus de Napoléon, ni les domaines de l'Etat