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État présent de la noblesse française : contenant le dictionnaire de la noblesse contemporaine et l'armorial général de France d'après les ms. de Ch. Hozier
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XI
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INTRODUCTION

XI

bourg», et les ducs-princes de Montmorency, premiers barons chrétiens,signaient « Montmorency ». Le parvenu signe « de la Taupinière », sans sedouter qu'il marque ainsi d'une date indélébile sa récente acquisition. Il ne saitpas qu'à peu d'exceptions près, le nom ne comporte la particule que lorsqu'ilest précédé d'un titre, d'une qualification ou d'un prénom. Cette ignorancea, depuis le xvnf siècle, franchi toutes les révolutions ; les livres de nos écri-vains sont remplis de ce solécisme.

Lorsqu'en 1789 les assemblées provinciales de la noblesse nomment leursdéputés aux états généraux, le nombre des anoblis par les charges dépasse debeaucoup celui des nobles de race et même des anoblis pour services militaires.L'épée a cédé le pas à la robe. Les listes conservées de ces assemblées, presquetous les nobles et anoblis furent présents en personne ou par délégués, con-stituent un des plus précieux documents de l'histoire de France. Elles fixentd'une manière peu douteuse l'état présent de la noblesse à cette époque. Lesvaleurs sont diverses ; les disciples de Saint-Simon peuvent établir des caté-gories, se moquer des prétentions, s'indigner des usurpations, les carrosses duroi se refuser à laisser monter les gens qui ne fournissent pas à Chérin despreuves suffisantes, l'ordre de Malte se fermer devant les financiers titrés detrop fraîche date, la grande et la petite écurie interdire leurs portes à quelquesmaltôtiers téméraires; il n'en est pas moins vrai que ces fameuses listes don-nent une base certaine et un point de départ assuré à qui veut aujourd'huiopérer un triage nécessaire parmi les soixante-dix mille noms qui se disputentle mince avantage de la particule ou le plus glorieux honneur d'une longuefiliation d'aïeux. On peut partir de ce point, sans négliger, quand le besoins'en présente, les différences que l'histoire a marquées entre les familles, sansoublier, quand il est possible de les établir, les origines, les substitutionsdouteuses, les usurpations certaines. Il existait d'ailleurs à cette époque, àcôté de cette noblesse suspecte, au-dessous de la noblesse de cour, trop envue et trop ardente à se montrer, toute une descendance des vieux soldats dumoyen âge et de la Renaissance, qui méritait le respect par ses mœurs, parses traditions d'honneur et de vaillance. Elle était composée de bons gentils-hommes vivant sur leurs terres après avoir vécu sous la tente, rentrés chezeux couverts de blessures, n'ayant d'autres titres que leurs antiques parche-mins et pour honneurs que leur croix de Saint-Louis, pauvres pour la plupart,mais fiers et jaloux de laisser à leurs fils un nom sans tache plutôt que desterres sans hypothèques. Parmi eux se recrutaient les officiers de Fontenoy etdes guerres d'Amérique, les marins qui relevaient le pavillon français dans lesmers de l'Inde; en eux vivaient l'esprit de dévouement, le souffle chevale-resque, et cette politesse française qui s'était répandue sur le monde avec la