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État présent de la noblesse française : contenant le dictionnaire de la noblesse contemporaine et l'armorial général de France d'après les ms. de Ch. Hozier
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INTRODUCTION

source était double. Les gentilshommes, autrefois, ne payaient pas d'impôten argent, ils le payaient de leur sang et souvent y engageaient leurs biens.La charge était si lourde que beaucoup y avaient succombé. Les anoblis,une fois entrés dans la caste dont le plus clair privilège était de se faire tuerau service du pays, jouissaient des mêmes avantages : ils étaient exempts destailles et s'exemptaient eux-mêmes de verser leur sang; ils ne versaient pourla plupart que leur encre, mais dès ce temps- l'encre avait pris une impor-tance considérable dans l'ordre social. Toute l'encre qui ne contribuait pas,on voulut la faire contribuer. Ceux qui furent exclus par la revision payèrentdorénavant des tailles, ceux qui furent inscrits payèrent un droit d'inscrip-tion. A côté des hommes de plume on fit aussi payer les hommes d'épce. 11s'éleva de ce trafic une renommée équivoque pour une œuvre qui devait êtreune œuvre d'épuration et d'assainissement. Les cahiers de d'Hozier sont untravail historique du plus haut intérêt et d'une valeur incontestable ; ils projet-tent une clarté utile sur les âges précédents, ils aident les chercheurs à décou-vrir beaucoup de vérités négligées, mais il ne faudrait pas croire qu'on lespuisse manier inconsidérément et sans danger. Plus d'un oubli y a creusé deslacunes, plus d'une erreur s'y est glissée, plus d'une fois le regard s'est détour- quand certaines prétentions se sont présentées. A notre tour nous ne pou-vons mieux faire que de fermer les yeux : un contrôle des cahiers de d'Hozierest devenu absolument impossible. Pourtant, de ce grand et beau travail,qu'est-il résulté? La noblesse française y devait trouver son relèvement; ellen'y rencontra que la preuve de sa décadence. Plus le nombre d'inscrits futgrand, moins ils eurent de valeur.

Les besoins de l'État conduisirent à d'autres procédés ; on créa descharges qui conféraient la noblesse ; on les mit à prix, on les vendit. 11 futvendu jusqu'à six mille charges de secrétaire du roi, qui faisaient nobles presquetous les avocats des parlements de France. Quelle noblesse sortit de cesencans ? tout le siècle dernier peut le dire. C'est l'histoire des prodromes de laRévolution. En vain les juges d'armes essayaient de fermer les portes aux intrus,en vain renouvelait-on l'édit du roi d'Espagne, Philippe IV, qui interdisait auxrécents anoblis de prendre des noms de terre, d'y ajouter la particule et des intituler écuyer ou chevalier: le flot emportait tous les obstacles. On défendde prendre le titre d'écuyer, on prendra celui de comte. Dans leur ardeur à sequalifier, les gens de roture ne se donnent même plus le temps d'apprendre lesusages, et lorsqu'ils croient montrer leur noblesse ils ne font qu'étaler leurignorance et leur prétention ; ils signent imperturbablement avec la particulequ'ils ont empruntée et violent par le bon sens et la règle. Les ducs de Châ-tillon signaient « Châtillon », les ducs de Luxembourg signaient « Luxem-