INTRODUCTION
IX
particulier qui ne devait rien qu'à elle-même, mais qui n'avait guère d'autrepoint de ressemblance avec l'ancienne chevalerie. L'abus était devenu si criantque dans plusieurs provinces des édits furent rendus pour y mettre un terme.On établit des peines qui ne se bornèrent pas toujours à l'amende et quiallèrent jusqu'à la prison et à la correction manuelle. En 1579, Henri 111ordonna qu'aucune des charges de la cour fût dévolue à d'autres qu'à desnobles de race. Il n'y en avait déjà plus qu'un petit nombre. Son prédé-cesseur, en 1555, avait édicté défense, à peine d'une amende de 1.000 livreset de la marque comme faussaire, de changer de nom ni d'armes sans avoirobtenu des lettres de dispense. L'art de changer son nom et d'y substituerun nom de terre qui n'était pas toujours celui d'un fief, était déjà exercéavec succès. Pourtant le roi lui-même ne pouvait faire un gentilhomme ; il yfallait le temps, de quatre à huit générations nobles. La noblesse elle-mêmen'allait pas sans la seigneurie, et les titres n'étaient pas chose vaine et qui fûtdépourvue de règles. Le duché, le marquisat, le comté, la vicomté, labaronnie, la châtellenie enfin étaient composés d'un nombre déterminé defiefs et seigneuries qui variaient suivant les provinces. Les dénominationsvariaient également : un « noble homme » était un bourgeois en toute pro-vince, excepté en Normandie; « noble» signifiait gentilhomme en Flandre,Hainaut, Artois, Franche-Comté, Lyonnais, Dauphiné, Provence, Languedocet Roussillon, dans le ressort des parlements de Toulouse, de Bordeaux et dePau; partout ailleurs, le mot n'était pas une marque de noblesse. Un « noblede nom et d'armes » était un noble sans la terre dont il portait le nom, le plussouvent un noble de fantaisie.
Les réformes héraldiques de Louis XIV n'imposèrent pas des barrièresinfranchissables au flot montant de la vanité. La noblesse semblait d'autant plusrecherchée qu'elle n'offrait plus guère que l'apparence de ce qu'elle avait été.Les rigoureux et périlleux devoirs d'autrefois s'étaient évanouis. Prenait lesarmes qui voulait. Les armes appauvrissaient et mutilaient, ce qui ne plaisaitguère aux parvenus. Tout bon gentilhomme, tout fils de vieille race prenaitl'épée; les anoblis prenaient la plume et la perruque à marteaux des parle-ments ; les uns et les autres se confondaient pourtant dans les antichambresdu roi, et les plus grands noms laissaient leur fierté de race au seuil deVersailles.
Les recherches de 1696 avaient fait connaître qu'il existait en Franceenviron cent mille nobles. Combien y en avait-il qui pussent prouver leurfiliation au delà de la période d'anoblissement? Quelques-uns furent exclus;on révoqua même l'anoblissement d'une fournée de deux cents qui avaitété faite quelques années auparavant. Il fallait de l'argent pour le Trésor. La