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État présent de la noblesse française : contenant le dictionnaire de la noblesse contemporaine et l'armorial général de France d'après les ms. de Ch. Hozier
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VIII

INTRODUCTION

On comprend aisément que l'édifice féodal, si beau et si harmonieux qu ilfût en apparence, n'offrait pas une solidité suffisante pour constituer l'unitédu pays et pour en porter le couronnement royal. Resserrer les liens féodauxn'était guère possible sans en changer la nature et sans affaiblir les pointsd'attache. Quand les grands feudataires, disposant d'armées indépendantesformées par leurs vassaux et vavassaux, pouvaient tenir tête au roi et l'en-fermer dans leurs forteresses, l'autorité royale était plutôt nominale qu'effec-tive. Il fallait détruire cette force si aisément rebelle et si facilement victorieuse,et pour la détruire il fallait lui en opposer une autre. Que le plan fût lerésultat d'une intuition ou d'un dessein arrêté, qu'il fût plus simplementl'effet d'un besoin de défense et de domination, l'œuvre n'en fut pas moinsentamée et poursuivie avec un sens politique et une persévérance qui devaientassurer la victoire à la royauté.

Les croisades avaient porté à son apogée l'esprit chevaleresque, maiselles avaient introduit dans l'édifice féodal des éléments de dissolution.L'affranchissement successif des communes et, bientôt après, l'affranchisse-ment des serfs royaux ouvrirent la brèche. Les prêteurs d'argent et à leur suiteles légistes commencèrent à attaquer les assises fondamentales. Le roi les yaida; il donna de l'éclat et de la puissance à la robe, il introduisit la bour-geoisie, le tiers état dans la maison et lui donna autorité pour y juger ; il yassit ses conseillers et leur conféra les mêmes privilèges qu'aux chevaliersauxquels il les mêla. A partir du règne de saint Louis, la féodalité s'affaisseet la noblesse en élargissant ses assises diminue leur solidité. Dès lors ils'établit deux ordres de noblesse, la noblesse de race et la noblesse d'anoblis-sement. Les vieilles familles de chevaliers, décimées par les guerres de laTerre sainte et par les luttes intestines, s'appauvrissent, s'amoindrissent, dispa-raissent; et plus leur nombre diminue, plus la noblesse augmente. L'insti-tution des armées permanentes consomme la ruine du régime féodal. Quandla troisième branche des Valois recueille la couronne, il n'existe déjà plusqu'en souvenir. 11 essaye de renaître au milieu des guerres de religion,mais la main de Richelieu s'appesantit sur lui et le refoule dans la tombe.

Au moment Louis XIV monte sur le trône, la féodalité a complè-tement disparu et la chevalerie n'est plus qu'un joli prétexte à de longs romans.Pendant ce temps la noblesse n'a pas cessé de croître en étendue et de dimi-nuer en valeur. Aux anoblissements du prince sont venus s'ajouter les enno-blissements par les charges et les usurpations de noblesse. Déjà Charles V,dans une charte de 1371, avait anobli les bourgeois de Paris et leur avaitpermis de porter des armoiries. Les bourgeois de province ne manquèrentpas d'imiter bientôt les Parisiens. Il naquit de une noblesse d'un genre