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État présent de la noblesse française : contenant le dictionnaire de la noblesse contemporaine et l'armorial général de France d'après les ms. de Ch. Hozier
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VII
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INTRODUCTION

VII

la plupart elle n'atteignit pas la moitié. La population n'était pas assez densepour que le dommage fût bien grand ; nous prenons aujourd'hui de bienplus amples libertés avec les anciens propriétaires du sol algérien.

De même qu'ils ne s'approprièrent pas tout le sol, les Francs n'absor-bèrent pas non plus tout le pouvoir. Parmi eux se trouvaient des chefs, leurscompagnons, les compagnons du roi, les leudes, comme il y avait des patri-ciens gallo-romains, des descendants de chefs gaulois, une noblesse gauloise.Tous ces éléments ne tardèrent pas à se mêler et jamais il n'a pu être montrépar documents certains que la féodalité dont Charlemagne jeta les fondements,fût issue d'une caste conquérante appesantissant son joug sur une caste con-quise, ainsi que cela s'est vu dans l'Inde. Les féodaux, qui rendirent hérédi-taires les charges personnelles qu'ils avaient reçues à des conditions tempo-raires, appartenaient à toutes les races que l'alluvion humaine avait déposéesdans les vallées fertiles des cinq fleuves, il eût été difficile, dès Louis le Débon-naire, de distinguer entre eux ceux qui descendaient des Celtes ou ceux quiprovenaient des tribus germaines.

On doit donc laisser de côté cette genèse imaginaire de la noblesse fran-çaise. Cette noblesse est sortie tout naturellement de la féodalité, mais laféodalité n'est point sortie de la conquête. Elle est fille d'une organisationtrès intelligente et très complète de l'État carlovingien, un peu calqué sur l'or-ganisation latine. La faiblesse des successeurs de Charlemagne permit auxdépositaires du pouvoir de se rendre héréditaires et indépendants. Telle est lasource du régime féodal.

C'a été l'œuvre de la dynastie capétienne de lutter contre cette organi-sation si parfaitement conforme à l'esprit gaulois comme au génie germa-nique, et finalement d'en triompher en faisant monter au niveau de lanoblesse ce tiers état légiste et lettré qui venait des mêmes sources, maisn'avait pas les mêmes traditions. L'habitude des armes et des périls, lapensée du dévouement et du sacrifice, l'influence religieuse qui planaitsur les actions et sur les consciences, avaient imprimé à la féodalité cecaractère élevé, ce haut sentiment d'honneur qui est venu jusqu'à nous sousle nom d'esprit chevaleresque. Dans un temps les liens de vassal àsuzerain paraissent avoir été si fragiles, la parole donnée, le serment prêtéavaient une valeur sur laquelle reposait en quelque sorte tout l'édificesocial. Le code de la chevalerie est le plus beau monument moral quel'homme ait jamais signé de son sang. A travers les déchirements de l'histoire,il en est venu quelque chose jusqu'à nous dans ce respect chez les militairesde la parole donnée. Même aujourd'hui, un officier qui manque à sa paroleest un homme déshonoré.