VI
INTRODUCTION
chefs militaires, ils se distinguaient, les uns, par des tatouages, par des cheve-lures scalpées, des dents arrachées, des broderies, des ciselures ou des reliefsdans les armures, les autres par des panaches qui sont venus jusqu'ànous, par des devises et des emblèmes dessinés et peints sur les boucliers,sur l'écu qui a donné cours à « l'écusson », sur les pièces d'armure qui enont fait des « armoiries ».
Ce serait une erreur de croire que les armoiries sont nées au moyen âge.Elles existaient dans l'antiquité. Homère nous décrit le bouclier d'Achille, etAchille ne portait pas tout seul un bouclier emblématique. Eschyle nouspeint les boucliers des sept chefs devant Thèbes, et il ne semble pas que ceschefs fussent les seuls en Grèce qui portassent sur leurs armes des marquesdistinctives de leur race ou de leur personnalité. Ils avaient même des devises,ni plus ni moins que les preux des Croisades. Ce qui est vrai, c'est que lemoyen âge a introduit des règles dans l'emploi et le caractère des signes usitésdans les armoiries ; il leur a donné des lois, un code, un langage, il en a faitune sorte de science, mais il ne leur a pas donné naissance, pas plus que lachevalerie n'a inventé la cavalerie.
La noblesse, en France, aussi bien que dans les autres pays, s'est forméede divers éléments. Les tribus gauloises avaient leurs chefs. La Gaule, avant laconquête romaine, était une sorte de fédération composée de petits États sou-verains qui ne laissaient pas de présenter dans leur ensemble un aspect passa-blement féodal. Soumises à un chef quelquefois héréditaire, le plus souventchoisi parmi les distingués par l'intelligence et la valeur, ces tribus guer-royaient entre elles quand elles n'étaient pas menacées du dehors, mais s'unis-saient pour une entreprise commune ou contre un danger commun. LesRomains brisèrent cette fédération et abattirent cette noblesse, mais en dépitd'une organisation savante et qui tendait à niveler toutes hauteurs socialessous un joug uniforme, la Gaule avait conservé son génie propre, et quandles tribus du Nord l'envahirent, les unes en passant comme un torrent, lesautres en se fixant dans ses diverses contrées, elles trouvèrent un terrainfavorable pour renouer les anciennes traditions et réveiller des instinctsassoupis. Les derniers vainqueurs, les Francs, vainqueurs des Romains bienplus que des Gaulois, avaient plus d'un rapport avec ces derniers. En s'éta-blissant dans les Gaules, ils y apportaient des mœurs et des idées politiquesqui offraient plus d'un point de ressemblance avec celles des vieux Gaulois.Ils partagèrent les terres avec ceux-ci, mais il ne paraît pas qu'il y ait eu cetantagonisme de races, cette barrière infranchissable entre vainqueurs et vaincusque des historiens modernes ont créés de toutes pièces et tirés de leur imagi-nation. Dans quelques contrées la part des vainqueurs fut d'un tiers, dans